je reconnais aussi Jean-Paul Gabillet
Posts by Xavier Guilbert
pour ma part, j'avais une excuse, je n'étais pas dans le bon comité de sélection.
Page tirée de L'homme sans talent, de Tsuge Yoshiharu
Tsuge Yoshiharu (1937-2026)
la fameuse visite, avec mon complice Léopold Dahan en guest star.
... journée qui s'était conclue sur un dîner improbable chez les amis du Lézard Noir, où je m'étais retrouvé à déguster un curry japonais en face du maître. dans sa bibliographie, deux récits qui me tiennent particulièrement à cœur, Les fleurs rouges et Le printemps de Yoshio.
choc et tristesse ce matin en apprenant le décès de Yoshiharu Tsuge, immense auteur à l'œuvre complexe et essentielle. je garde le souvenir de sa visite de l'exposition que nous lui avions consacré en 2020, devant l'ensemble des pages de Neji-shiki (récit ô combien fondateur).
voilà, c'est tout pour cette semaine. comme d'hab' réactions / corrections / remarques / suggestions sont les bienvenues, vous pouvez reprendre une activité normale.
à entendre certains défenseurs de la lecture, celle-ci ne saurait être qu'exigeante et ardue, figée dans l'admiration inconditionnelle d'une poignée de chefs d'oeuvre panthéonisés. hiérarchie culturelle, quand tu nous tiens...
on s'en souvient, lorsque le Pass culture fait parler de lui à l'Assemblée Nationale, ce n'était pas parce que les jeunes lisaient moins, mais parce qu'ils ne lisaient pas ce que l'on voulait qu'ils lisent (soit Proust, ou à la rigueur Balzac).
Extrait de l'étude Les Français et la lecture en 2025, portant sur la lecture de mangas
... et comme attendu venant du Central National *du Livre*, on parle avant tout de la lecture *de livres*, quand bien même il s'agirait de la "lecture" de livres audio. et tant qu'on y est, le focus manga de l'étude, c'est cadeau)
(petit rappel, les études sur lesquelles on se base pour évoquer ce "déclin de la lecture" sont celles du CNL, comme par exemple "Les Français et la lecture en 2025", disponible ici: centrenationaldulivre.fr/donnees-cles...
"les jeunes ne lisent plus, les jeunes sombrent dans la barbarie, de mon temps, les jeunes, c'était autre chose." gna gna gna.
bref, il y aurait eu bien des choses à dire et à explorer ici. mais peut-être qu'apporter des explications aurait nui à la conclusion choisie pour l'article, assénée comme une fatalité: "Et que rien ne semble enrayer la désaffection des jeunes pour la lecture."
Evolution des prix par segment comparée à l'inflation sur la période 2007-2025 pour le marché de la bande dessinée en France
(sans entrer dans les détails, je vous mets ici le graphique de l'évolution des prix moyens par segment depuis 2007 comparé à l'inflation, ça peut toujours servir)
... bandes dessinées tiraillées entre le format de l'album classique aux succès vieillissants, et le roman graphique qui attire un lectorat moins regardant sur le prix (dans une situation quasiment opposée à celle du manga).
... mangas volontairement positionnés sur un niveau de prix bas pendant des années, les éditeurs étant contraints de les augmenter dans un contexte économique compliqué, obligeant un lectorat majoritairement CSP- à procéder à des arbitrages.
en présentant les choses de la sorte, on suggère que "BD et mangas" seraient dotés d'une sorte d'autonomie quant au choix de leur prix de vente, alors que de nombreux facteurs (spécifiques mais aussi externes) entrent en jeu.
et pourtant, les hypothèses ne sont pas loin: "Affichant un prix moyen de 12,70 euros, la BD et les mangas ont augmenté leur prix de vente, en 2025, de 3,7%, donc bien plus que l'inflation, alors que le pouvoir d'achat des lecteurs se contracte."
mais ce genre de remarque n'est pas vraiment utile -- dire que ça monte ou que ça descend n'avance à rien, encore faut-il chercher à en trouver les raisons, quand bien même ce ne seraient encore que des hypothèses.
histoire d'enfoncer le clou, l'article du Monde précise: "Les ventes des mangas sont celles qui se sont le plus érodées en 2025 (-10%)." étant probablement un esprit chagrin, je pourrais rappeler que les ventes de mangas ont progressé de 61% depuis 2019.
sauf qu'il s'agit là des sorties pour l'ensemble du marché de la bande dessinée, les mangas se situant autour de 3600 "nouveautés", selon mon décompte. je mets nouveautés entre guillemets, puisqu'il s'agit plutôt de nouvelles références, la nuance est importante.
et de conclure: "Pourtant, l'offre ne manque pas. Laurent Pringuet a comptabilisé quelque 8100 nouveautés sur le secteur en 2025"... laissant entendre qu'il s'agirait là de sorties de manga, sujet exclusif du paragraphe qui précède.
la suite, s'appuyant sur le spécialiste maison de NielsenIQ BookData, évoque des pistes autrement plus intéressantes, allant d'une explosion bénéficiant avant tout aux séries best-sellers, jusqu'à la difficulté de les renouveler lorsqu'elles arrivent à leur terme.
pour rappel, une estimation *généreuse* des sommes du Pass culture consacrées au manga en 2021 au moment de sa généralisation se situerait autour de 45m€... dans un marché du manga qui a gagné 183m€ la même année. (cf. www.du9.org/dossier/pass...)
pourtant, le Pass Culture a publié diverses études sur l'utilisation de ses ressources, et la Cour des Comptes a consacré un rapport à ses premières années de fonctionnement, tout cela étant amplement chiffré et détaillé. encore faudrait-il faire preuve d'un peu de curiosité.
on notera comment l'article du Monde suggère exactement le contraire par le biais de la précision en incise, renvoyant implicitement au fameux qualificatif de "Pass manga" qui avait ému jusqu'à nos députés.
vous connaissez mon point de vue sur l'influence du Pass culture (plutôt marginale) dans le boom du manga, venant se superposer à des dynamiques bien plus importantes qui ont porté les mangas vers les sommets à cette période.
..."les ventes de ce genre d'ouvrages, notamment des mangas", formulation pas très heureuse (pourquoi parler de "ce genre d'ouvrages", et pas simplement de bande dessinée?) sur le mode "vous voyez bien ce que je veux dire".
pour expliquer cette évolution, "deux facteurs essentiels: la pandémie de Covid-19 et la mise en place du Pass culture - alors plus conséquent financièrement qu’aujourd’hui", venant doper les ventes...
et d'enchaîner: "Les esprits les plus chagrins se consoleront en regardant l’évolution du marché sur cinq ans", pour conclure: "le chiffre d'affaires du secteur entier a finalement gagné près de 42% depuis 2019." on a connu dégringolade plus rude.