Enfin, j'ajouterais une chose à ce thread : vous pouvez être en désaccord avec les propos que je tiens ici. La question est : considérez-vous que ces propos relèvent de la liberté d'expression, ou bien qu'ils doivent mener en prison, comme le prévoit la loi Yadan ?
Posts by Camille Stineau
Tous les propos de ce thread pourraient devenir illégaux prochainement, si la loi Yadan est votée. C’est pourquoi je les tiens aujourd’hui, avant qu'elle ne passe. Partagez massivement, et n’hésitez pas à , vous aussi, vous exprimer clairement, tant que c'est encore autorisé.
Dire cela n’est pas banaliser le nazisme. Dire que, comme les nazis, Israël commet un génocide, ce n’est pas banaliser la Shoah. C’est dénoncer Israël, en alertant sur le fait que cet État a bien des similitudes avec le régime nazi, considéré par beaucoup comme le mal absolu.
Tout comme l’Allemagne nazie nourrissait un antisémitisme viscéral, Israël a pour ciment social un racisme anti-palestinien assumé. Cela se manifeste par la violence de l’armée et des colons. Et, évidemment, par le refus catégorique de vivre à égalité avec les Palestiniens.
En l’espèce, l’exposé des motifs du texte précise que l’objectif est d’empêcher les comparaisons entre le génocide à Gaza et la Shoah. Ou entre l’État d’Israël et l’Allemagne nazie. Pourtant, si chaque régime génocidaire a ses spécificités, il y a aussi des similitudes.
Quatrièmement, l’État génocidaire israélien a des similitudes, dans sa politique, avec l’Allemagne nazie. La loi Yadan prévoit de considérer comme une “contestation de crimes contre l’humanité” la “banalisation outrancière” ou la “minoration” d’un crime contre l’humanité.
En deux ans de génocide à Gaza, Israël a massacré bien plus de Palestiniens que n’ont tué d’Israéliens tous les groupes palestiniens considérés comme “terroristes” réunis tout au long de l'histoire. C’est un fait, pas une opinion. Mais cette comparaison pourrait devenir illégale.
Avec la loi Yadan, ces propos pourraient être considérés comme une “banalisation outrancière” ou une “minoration” d’actes considérés comme “terroristes". Ils relèvent pourtant d’une part de la liberté d'expression, et d’autre part constituent un fait difficilement contestable.
Troisièmement, ce qui est désigné en occident comme du “terrorisme palestinien” est sans commune mesure, en termes d’horreur, avec les crimes commis par Israël depuis sa création. En termes de nombre de morts, d’échelle d’horreur, ça n’a rien à voir.
Ne voir les Palestiniens que comme un peuple de victimes, et non aussi comme un peuple debout, qui combat l’occupant, c’est leur manquer de respect.
Je le dis donc, avant de risquer la prison car un juge aura décidé de faire sa propre interprétation du caractère “implicite” de mes propos : oui, les Palestiniens sont légitimes à se défendre contre l’occupant israélien.
Autrement dit, quand je dis “les Palestiniens ont le droit de se défendre”, si un juge considère que j’ai voulu dire par là que ce droit à se défendre inclut des actions armées que l’État français a désignées comme “terroristes”, alors je peux être condamné.
Mais la loi Yadan va plus loin : elle fait entrer dans la loi la notion d’apologie du terrorisme “implicite”. Ainsi, je ne deviens plus seulement responsable de mes propos, mais aussi de la possible interprétation qu’en feront un procureur et un juge.
La loi sur l’apologie du terrorisme permet déjà largement de sanctionner ce genre de propos. Parce que, dans sa grande hypocrisie, l’État français ne reconnaît la légitimité de la résistance que contre des États qu’il considère comme ennemis.
Deuxièmement, la Palestine a le droit de se défendre. Comme tout peuple occupé, les Palestiniens ont le droit de résister, par les moyens à leur disposition, face à l’occupant. C’est non seulement un droit légal, mais un droit moral.
La loi Yadan, en créant un délit d’appel à la destruction d’un État, m’interdira de dire ça. Puisque, ce que je dis, ça revient de fait à appeler à la destruction d’Israël en tant qu’État. Et je l’assume.
Si les réfugiés palestiniens rentrent enfin chez eux, de Jordanie, de Syrie, du Liban, de Cisjordanie, de Gaza… alors Palestiniens et Israéliens seront contraints d’inventer autre chose que le modèle existant. Cet autre chose, ça ne pourra pas être Israël, État oppresseur.
Je considère qu’un État dont l’existence repose sur le maintien d'une majorité ethnique, privant des populations expulsées d’y revenir, doit être démantelé. La justice en Palestine, ce serait donc ça : un démantèlement de l’État d’Israël, notamment par le retour des réfugiés.
C’est logique. Si ces réfugiés reviennent chez eux, c’est la fin, de fait, de l’État d’Israël en tant qu’État ethno-nationaliste juif, avec une majorité démographique juive, et une organisation étatique faite par et pour les Juifs.
Considérer que l’État d’Israël n’a pas de légitimité à exister, c’est donc regarder la réalité concrète des conditions de sa création. Mais aussi le présent : les descendants de ces Palestiniens chassés de chez eux sont plus de 6 millions, et Israël les empêche de revenir.
Cet épisode, qu’on appelle la Nakba, a amené à l’exil forcé de 700 000 à 800 000 Palestiniens, chassés de leurs terres. Leurs villages ont été détruits, et transformés en villes israéliennes. Ces réfugiés ont dû fuir ailleurs en Palestine, ou à l’étranger.
Comme c’était inévitable, cette idéologie a produit un nettoyage ethnique : si on conçoit l’auto-détermination comme un projet ethnique, ça implique de se débarrasser des populations ne correspondant pas au projet. C’est ce qu’il s’est passé à la création d’Israël, en 1948.
Le sionisme c’est donc ça : une idéologie qui considère que, par le colonialisme de peuplement, il est possible de prendre possession d’un territoire pour y imposer sa souveraineté, au mépris des populations vivant sur place.
Quand on vous dit que le sionisme est seulement l’auto-détermination des Juifs, on oublie de vous dire que cette auto-détermination est pensée sur un territoire où, au moment de l’émergence de l’idéologie sioniste, les Juifs représentaient moins de 10% de la population.
On nous dit que l’idéologie sioniste serait seulement reconnaître au peuple juif le droit à l’auto-détermination, comme tous les autres peuples. Mais une idéologie ne peut pas être appréciée en dehors des réalités concrètes qu’elle produit.
C’est ça que signifie être antisioniste. C’est considérer qu’un État colonial ethno-nationaliste, fondé sur un nettoyage ethnique, et qui se perpétue par l’occupation, la colonisation et l’apartheid, n’a pas de légitimité à exister.
[THREAD 🇵🇸🧶] Demain, l’Assemblée nationale se penchera sur la loi Yadan. Alors, au cas où ça deviendrait illégal de les exprimer, voilà quelques-unes de mes opinions sur la question palestinienne.
Premièrement, l'État d’Israël est un État illégitime qui doit être démantelé.
La loi Yadan va faire entrer le mot "implicitement" dans le code pénal. Pour l'instant, ce terme n'apparaît pas une seul fois.
À part en faisant des procès d'intention, au sens propre, comment on détermine qu'une personne a "implicitement" provoqué à des actes de terrorisme ?
🔴 Les bombes israéliennes ont causé des centaines de victimes rien qu'à Beyrouth, selon la Croix-Rouge
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Oui clairement, et je pense que c'est une partie de l'objectif de cette loi.