Non pas seulement par l’enquête et la démonstration, donc, mais au sein de la langue elle-même, matière première de la poésie.
Posts by Judith Bernard
– il rappelle le rôle éminemment politique de la littérature : déjouer les profilages produits par le système, démonter les légendes produites par les élites, renouer avec une langue qui se met, humblement, en quête de vérité, de justice et de justesse.
Alors que les médias procèdent en ce domaine à des opérations de battage narratif aussi permanent qu’assourdissant – les migrants sont des OQTF indésirables et menaçants, Quentin Deranque était un jeune catholique de bonne foi injustement lynché, les antifascistes sont les nouveaux fascistes, etc.
Il met au jour le travail d’écriture qui conditionne l’ensemble de nos représentations et de nos rapports sociaux : tout, décidément, est affaire de cadrage narratif.
Par son geste, Eric Vuillard ne nous rappelle pas seulement comment est né l’ordre social qu’on veut nous faire avaler comme incontestable, légitime et immuable.
juste avant que l’État ne vienne stabiliser le nouvel ordre propriétaire, en éliminant cette criminalité qu’il a d’abord instrumentalisée, et qu’il mobilise désormais lui-même sous les habits bien propres de la respectabilité.
Les petits délinquants régnant à coups de feu sur la Frontière apparaissent alors pour ce qu’ils sont : l’écume de la vague coloniale, dont le capitalisme a besoin pour étirer son empire le plus loin possible,
que les forces de l’ordre ne sont que les voyous d’hier, qui se sont glissés in extremis du « bon » côté de la loi, mettant leur revolver au service de cette démocratie qui vient déposer ses broderies délicates sur les prédations de la colonisation et de l’accumulation primitive qu’elle a permise.
En révélant tout ce que la déposition de la « victime » (qui mourra peu après de la balle tirée par Billy) ne dit pas, que l’écriture peut découvrir. Que les notables sont de plus grands criminels que les voyous qu’ils dénoncent et instrumentalisent,
Mais avant ce cadrage-là, le vrai Billy avait déjà fait l’objet d’un cadrage narratif : celui du profilage policier, par lequel il est saisi à 17 ans, après son premier meurtre, et c’est par là que Vuillard commence.
C’est une affaire de cadrage narratif : le western a le sien, qui veut de l’héroïsme individuel (l’as de la gâchette), du spectacle (ces tueries sanglantes) et un destin pathétique (son ennemi aura sa peau alors que c’est un salaud).
Eu égard au rôle que jouent les Etats-Unis en Occident, dont ils structurent l’imaginaire, anticipent le destin et vassalisent la plupart des politiques, il n’est pas inutile d’aller explorer cette matrice où gît un lac de sang : s’y reflètent déjà tous « nos crimes à venir ».
Il faut le génie d’Eric Vuillard pour recueillir cette figure que la légende a comme plastifiée, ranimer cette vie fauchée dans sa prime jeunesse, et faire apparaître toute l’histoire des Etats-Unis, du capitalisme et de la « démocratie » qu’elle révèle – parce qu’elle en est le produit honteux.
Qu’avons nous à faire de Billy the Kid ? Le jeune cow boy est passé au galop dans notre imaginaire, à l’occasion d’un western ou d’un autre, tirant plus vite que son ombre (comme tant d’autres), cavalant vite fait jusqu’à sa mort précoce (comme tant d’autres). And so what ?
Merveille d'émission avec le merveilleux Eric Vuillard ! C'est mon nouveau Dans le texte, à propos de son livre Les Orphelins, paru récemment chez Actes Sud. C'est bien sûr sur Hors-Série 🙂 (lien en commentaire).
Attention ce n'est que la première moitié : 1h30 sur 2h48. L'intégralité sera en accès libre lors de notre prochain Happy Hour.
- mais devant l'énormité du morceau, on a opté pour une très grosse moitié : soit 1h30 sur 2h48 !
Pour ce qui est de l'intégralité totale, elle sera offerte avec toutes nos autres émissions lors de notre prochain Happy Hour...
Avis à la population : un très gros morceau de notre émission Lordon-Mélenchon est désormais accessible en ligne sur Youtube ! On en avait convenu avec nos invités lorsque nous préparions le tournage - on avait imaginé publier une quarantaine de minutes 👇👇
www.youtube.com/watch?v=i7I2...
Bien sûr : prenez un mensuel (3€), suspendez-le ensuite, et voilà.
Par ici nous avions l’outil : ça s’appelle Hors-Série. Toutes les conditions ont été réunies. Et le rêve s’est réalisé.
Ne restait plus qu’à donner forme à ce rêve : une date pour la rencontre (historique), un accord sur les thèmes à traiter, un principe sur lequel ne pas déroger – se donner toute latitude pour développer autant que de besoin.
l’action politique doit s’alimenter à la théorie conséquente, laquelle ne l’est vraiment que quand elle s’inquiète des conditions de sa mise en pratique. Ils en étaient aussi gourmands l’un que l’autre.
Qu’on les entende s’entretenir de ces questions parfaitement essentielles, mais dans l’aménité de la conversation en face à face. Ce n’était pas seulement un fantasme ; ça me semblait aussi une urgence politique :
Et paf : retour au nerf de la guerre.
Totalement passionnée par ce débat, mais regrettant un peu la dureté de sa forme, que la distance et l’écrit accusaient, j’ai été saisie d’un impérieux désir : faire dialoguer directement le théoricien (Lordon) et le stratège (Mélenchon).
Et Lordon re-répond : élargir le camp collectiviste fort bien, ne plus se contenter d’en appeler au prolétariat ouvrier comme sujet révolutionnaire encore mieux, l’appeler peuple pourquoi pas – mais quid de la souveraineté sur le travail, sur la production ?
nous toutes et tous, qui avons intérêt à lutter pour conquérir la souveraineté sur ce dont l’oligarchie nous a dépossédés : mis en mouvement et conscient de la quête, ça s’appelle « le peuple ».
et la question du contrôle des réseaux a l’insigne avantage de recomposer très avantageusement le camp collectiviste : ce ne sont plus seulement les « travailleurs », d’ailleurs plus tellement à l’usine, mais tous les usagers des réseaux –
Quand on est dans la lutte concrète, on se focalise sur les luttes concrètes qu’on peut mener, en cherchant la force du grand nombre ; l’enjeu est stratégique, il s’agit de mobiliser largement,
et à la fin tout le monde meurt – la biosphère y compris.
Antoine Sallès-Papou répond dans Contretemps : il importe d’attaquer le capitalisme dans la configuration actuelle de son régime d’accumulation, là où se réalise le maximum de la valorisation : dans le contrôle des réseaux.