Le sachiez-tu ? Un baril de 159 L de pétrole contient l'équivalent de 1700 kWh d'énergie primaire. Un humain en bonne santé peut produire autour de 0.6 kWh par jour. Un baril équivaut en gros à 5 années de travail humain. Sachant qu'on consomme "actuellement" (merci Bibi) environ 100 millions de barils par jour, on utilise donc l'équivalent de 500 millions d'années de travail humain chaque jour. C'est la raison qui explique notre bond technologique et démographique, une bénédiction, mais aussi notre malédiction vu la contrainte de flux physiques. Nous avons en effet passé le pic pétrolier de pétrole conventionnel en 2005-2008 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_p%C3%A9trolier), on a compensé depuis lors avec le pétrole de schiste, mais les rendements sont globalement en baisse. Il faut en effet investir plus d'énergie pour obtenir une quantité donnée. Le taux de retour énergétique est en déclin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_retour_%C3%A9nerg%C3%A9tique). La question n'est donc pas "est-ce qu'il y aura encore du pétrole ?", car Drill Baby Drill, y a encore moyen de brûler cette planète une fois de plus, on a "techniquement" atteint la moitié des stocks connus. La question est surtout "oui, mais à quel prix ?", car pour maintenir la rentabilité, il faudra augmenter les prix.
Le hic, c'est que nous vivons dans le mythe de la croissance infinie dans un monde aux ressources finies : tout est basé sur de l'énergie et des ressources illimitées bon marché (sacrés économistes néoclassiques). Nous devons notre essor à l'or noir, présent partout et indissociable de la logistique des transports : les livraisons J+1 et les produits hors saison du bout du monde disponibles à toute heure du jour et de la nuit. Une économie entière qui repose sur cette croissance infinie, qui permet de supporter la croissance infinie de la dette : les Etats et la finance vivent à crédit depuis la fin des Accords de Bretton Woods en 1971, qui a engendré le néolibéralisme (https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods). Une société à l'opulence outrancière qui broie des vies mais qui vit énergétiquement au dessus de ses moyens : en 150 ans, on a en gros cramé la moitié de ce que la nature a parfois mis jusqu'à 350 millions d'années pour enfanter. Or dans un monde où la Sacro-Sainte Croissance de PIB est la base de notre santé économique, le PIB dépend directement de l'énergie, sans énergie, vous n'avez pas de PIB, on peut optimiser, mais on ne pourra jamais décorréler. (d'ailleurs les économistes hétérodoxes sous-estiment le poids de l'énergie avec leur fonction de production Cobb-Douglas, mais c'est un autre débat ahah)
Donc si vous avez moins d'énergie par une contraction de flux physiques, au hasard, moins de pétrole, vous aurez par conséquent moins de PIB et moins de croissance (et par conséquent, une dette qui va devenir insoutenable). Ce qui se passe en Iran est un coup de semonce de ce qui nous attend : une contraction subite des flux, qui impacte actuellement fortement l'Asie, plus dépendante que nous encore du Moyen Orient, mais dont le tsunami risque seulement d'atteindre nos côtes. Nous sommes en train de vivre un moment charnière de notre jeune civilisation : la fin d'une anomalie énergétique. Notre civilisation est une sorte de super-organisme où tout est lié qui va bientôt devoir ceinturer sec son appétit énergétique, ce dans un contexte de convergence des crises (écologiques, climatiques, humaines, géopolitiques, démocratiques, sociales... you name it.). Dans une Union Européenne qui dépend à 97% d'importations pour son pétrole, et le problème est global, deux choix s'offrent à nous : - Maintenir un "business as usual", boire le pétrole jusqu'à plus soif et se prendre le mur des flux physiques (pétrole...et autres) en déclin, une sobriété subie. - Prendre le chemin d'une sobriété choisie, tenter de préserver le plus important. Vu la gueule de nos gouvernements, je suis pas sûr qu'on prenne forcément la seconde bretelle d'autoroute.
Il faudrait réellement une révolution dans notre vision des biens communs et du vivant... ce à l'époque de la post vérité qui nous divise et de l'extrême droite qui prolifère grâce au terreau fertile des crises et au mécénat des milliardaires. Il demeure encore des possibilités d'amortir le choc : révision totale de notre agriculture, circuits courts, mobilité douce et partagée, la liste est longue. Cela demanderait un changement de paradigme total dans notre cerveau reptilien : non, le confort, c'est pas de surconsommer, non, avoir ce n'est pas être. La fin d'un "certain monde", qui sera, peut-être si on persiste dans la voie de l'aveuglement dogmatique, notre "Grand Filtre". En bonus, les bases du pétrole avec Nate Hagens qui m'a donné l'idée de cette publication, fort à propos de nos jours (première vidéo d'une série de 3, chaine que je suis depuis des années et recommande) : https://www.youtube.com/watch?v=uRIxJ4B3fNQ
Je pose la version "longue" ici.
Pavé César, tout ça.
Une sombre histoire de systèmes.