Guinée: l'influenceuse Maya La Solution et la chanteuse Yama Séga toutes deux condamnées à de la prison avec sursis
Par TV5MONDE avec AFP
L'influenceuse Maya La Solution et la chanteuse Yama Séga, qui s'étaient mutuellement insultées sur les réseaux sociaux en Guinée ont été condamnées ce lundi 20 avril à deux ans de prison avec sursis et des amendes pour plusieurs infractions liées à l'usage des réseaux sociaux.
L'influenceuse Maya La Solution et la chanteuse Yama Séga, qui s'étaient mutuellement insultées sur les réseaux sociaux en Guinée ont été condamnées ce lundi 20 avril à deux ans de prison avec sursis et des amendes pour plusieurs infractions liées à l'usage des réseaux sociaux. Une affaire qui a démarré sur Facebook et qui a provoqué pendant quelques jours la fermeture totale des réseaux sociaux en Guinée, pays gouverné d'une main de fer depuis le coup d'État en 2021 par le général Doumbouya. Yama Séga et Maya La Solution sont des personnages publics en Guinée. Les deux jeunes femmes se sont insultées réciproquement via leurs pages Facebook, à tel point que tous les réseaux sociaux ont été suspendus pendant quelques jours et qu'elles ont été condamnées à de lourdes peines de prison, en sursis. Un malentendu qui dégénère Comme le relate le site d'information Africaguinée.com , Mariama Kaba, connue sur les réseaux comme Maya La Solution a reconnu sa faute: " J’étais en Turquie où j’ai fait un live pour dire à mes abonnés que j’étais là pour des achats. Certains abonnés ont dit que j’étais partie faire de la chirurgie. J’ai répondu que ce n’était pas le cas, et elle [Yama Séga] s’est sentie visée. Je n’ai jamais dit son nom. Le soir même, elle a fait un live pour répliquer sans m’appeler." Maya La Solution s'est excusée et regrette ce "live" qui a brisé une amitié qui datait de 2018. Yama Séga a elle aussi fait amende honorable. " C’est mon amie, mais on était en guerre froide depuis quelques mois." a-t-elle dit à la barre . "Je me suis sentie attaquée dans son direct. Elle disait que le BBL [chirurgie esthétique] sent mauvais. Comme j’ai été la première artiste guinéenne à faire de la chirurgie esthétique, je me suis dit que c’était moi qu’elle visait. J’ai mis une distance de sécurité, mais j’ai fini par faire un live pour répliquer". Accusées de "troubler l'ordre public" Le tribunal les a reconnues coupables de "production, diffusion et mise à disposition de données de nature à troubler l'ordre public, la sécurité publique ou à porter atteinte à la dignité humaine, par le biais d'un système informatique". Elles ont également été déclarées coupables "d'expressions outrageantes et méprisantes, et d'allégations portant atteinte à l'honneur et à l'intégrité de personnes ou de groupes", et ont été condamnées chacune à verser 40 millions de francs guinéens (3.850 euros). Dans la foulée des échanges par vidéos interposées entre les deux femmes, les réseaux sociaux avaient été restreints pendant quelques jours en Guinée la semaine dernière, bien que les autorités n'eurent pas officiellement évoqué ces restrictions ni l'altercation virulente entre la chanteuse et l'influenceuse. "un blocage ciblé" Ces restrictions avaient été dénoncées le jeudi 16 avril par un association de blogueurs, Ablogui qui avait constaté "un blocage ciblé visant" Facebook, Messenger, YouTube et Tik Tok et "exclut toute hypothèse de panne ordinaire" de ces plateformes. Cette association avait été alerté dès mercredi matin sur l'interruption de leur accès alors que le régulateur, les opérateurs de téléphone et les fournisseurs d'accès n'avaient pas "jugé utile d'informer les utilisateurs sur les raisons de cette situation" . Ces restrictions d'accès à Facebook, Messenger, YouTube et Tik Tok avaient été levées vendredi 17 avril. L'annonce de ces restrictions sur les réseaux sociaux survient après la publication d'un communiqué le 14 avril de la Haute autorité de la communication de Guinée (HAC) dénonçant "la prolifération de contenus diffusés sur les plateformes numériques" avec notamment "des attaques verbales, des informations non vérifiées et des messages nuisibles à la cohésion sociale". Face au tollé, Yama Séga et Maya La Solution s'étaient excusées publiquement auprès "du peuple de Guinée" . La chanteuse et l'influenceuse ont également désormais interdiction de publier sur les réseaux sociaux ou tout autre système informatique pendant une durée de deux ans, hors publications strictement liées à leurs activités professionnelles. Le procureur Kanfory Ibrahima Camara avait dénoncé plus tôt lors de l'audience un comportement qu'il a jugé "attentatoire aux moeurs" et à "l'ordre public" . Il avait déploré une dérive sur les plateformes numériques en Guinée. Selon lui, la notoriété des deux prévenues a aggravé la portée de leurs actes. "Ce qui s'est passé est inimaginable, impensable. Les réseaux sociaux sont devenus un lieu pour faire passer sa folie. La sensibilité du public a été heurtée par ces propos. Elles doivent savoir qu'en Guinée, on ne fait pas ce qu'on veut; on a nos moeurs, nos coutumes" , a déclaré le procureur. Dans un message sur la plateforme X la semaine dernière, le président Mamadi Doumbouya a estimé pour sa part que "les propos injurieux, les discours de haine et les divisions ne sauraient constituer une voie pour bâtir la Guinée".
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Si il salue "le rôle important que jouent les acteurs du numérique, les journalistes et les blogueurs dans l'animation du débat public" dans le pays, il rappelle que la liberté d'expression s'accompagne selon lui d'un devoir de "respect de l'autre, de la vérité et de (notre) cohésion nationale" . Le général Doumbouya a été élu président malgré sa promesse initiale, après son coup d'État de septembre 2021, de rendre le pouvoir à des civils au terme d'une période de transition.
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Depuis 2021, une chape de plomb s'est abattue sur ce pays d'Afrique de l'Ouest. Les principaux partis politiques ont été dissous, les manifestations, interdites depuis 2022, sont réprimées et de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.
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