Programme Artemis : l’ambition lunaire de Trump pour dominer l’espace
Ne nous voilons pas la face : le programme Artemis lancé par la NASA en 2017, traînait un peu des pieds. Coincé entre des budgets en dents de scie et une diplomatie scientifique _un peu_ lente, le retour sur la Lune ressemblait de plus en plus à un dossier qui prenait la poussière au fond d’un tiroir. Donald Trump, pour l’accélérer, vient de lui greffer de gros boosters à l’aide d’un tout nouveau décret fraîchement signé en date du 18 décembre, baptisé « _Ensuring American Space Superiority_ ».
Ce texte change radicalement la nature du programme, qui était jusqu’à présent un mammouth bureaucratique très difficile à déplacer :**l’alunissage habité est désormais fixé à 2028, avec l’installation d’une base permanente dès 2030**. Pour tenir ce chrono très optimiste, l’administration américaine a lâché la bride. Au programme : dérégulation sauvage des lancements pour libérer SpaceX et consorts, une injection de 50 milliards de dollars pour doper l’économie spatiale privée, et surtout, le déploiement de réacteurs nucléaires en orbite. Tout est prêt pour que la bannière étoilée soit le premier et le seul à être planté sur le sol lunaire, qui, par conséquent, devient un des outils d’instrumentalisation de choix pour l’« _America First_ ».
## Un sprint lunaire sous haute tension
Ainsi commence le décret en question : « _La supériorité dans l’espace est une mesure de la vision nationale et de la volonté politique, et les technologies que les Américains développent pour l’atteindre contribuent de manière décisive à la puissance, à la sécurité et à la prospérité de la Nation_ ». Le ton est donné : pour Trump,**l’espace est une extension directe du territoire américain** où la règle du _premier arrivé, premier servi_ , s’applique avec la même brutalité qu’aux années folles du Far West.
Cette volonté de domination se traduit par un grand ménage de printemps dans les couloirs de la NASA. Finie l’époque où chaque mission devait répondre à des dizaines d’arbitrages scientifiques avant de voir le jour. Pour tenir l’objectif de 2028, l’administration mise sur la dérégulation totale. Le décret prévoit de se débarrasser des formalités administratives et des contrôles environnementaux qui entravaient la cadence des lancements privés. Il faut donner les pleins pouvoirs à SpaceX et aux pionniers du _New Space_ pour multiplier les essais du Starship, quitte à **brûler les étapes de la sécurité classique pour gagner la course contre la montre**.
Le décret ordonne également le déploiement de « _réacteurs à fission en orbite et sur la surface lunaire d’ici 2030_ ». Un _game changer_ industriel : sans nucléaire, pas de présence permanente. Là où les panneaux solaires de l’ISS fournissent péniblement de quoi éclairer quelques modules, un réacteur à fission compact **peut générer des dizaines de kW en sans broncher**.
C’est cette puissance brute qui permettra de changer la Lune en un véritable hub : elle servira à extraire de l’eau glacée des cratères sombres pour fabriquer du carburant, à faire tourner des usines de régolithe pour construire des habitats en 3D, et à alimenter les serveurs de données d’une économie lunaire naissante. Le nucléaire, à cet égard, est le nouveau carburant de la souveraineté : **celui qui a la main sur l’énergie s’assurera d’avoir le gâteau pour lui seul**.
Pour financer ce sprint sans exploser le déficit national, Trump compte attirer **50 milliards de dollars d’investissements privés supplémentaires d’ici 2028**. L’orbite, deviendra, sur les deux prochaines années, un immense marché boursier à ciel ouvert. Le gouvernement américain veut se mettre dans la peau du client ultra-exigeant au milieu d’une jungle de start-ups et de géants comme SpaceX.
## Laisser la concurrence à Terre : est-ce raisonnable ?
Même si le texte n’en fait pas mention directement, il est évident que la volonté de Trump est de doubler tous les autres acteurs émergents du secteur aérospatial. La Chine évidemment, mais aussi l’Europe ou l’Inde, qui voient désormais la barre placée à une hauteur stratosphérique. En imposant ce rythme les États-Unis cherchent clairement à **décourager toute concurrence avant même qu’elle ne puisse s’aligner sur la grille de départ**. L’espace (re)devient le terrain de jeu d’une puissance qui refuse le partage.
On ne sait pas encore **si le calendrier pourra être tenu** tant la cadence exigée par l’administration américaine dépasse largement l’état actuel de l’innovation dans l’industrie spatiale, y compris chez SpaceX. Multiplier les lancements ne signifie pas automatiquement maîtriser la production, la maintenance, la logistique au sol, la gestion des incidents à un rythme aussi forcené.
Il existe **un mur logistique, pour le moment infranchissable** : pour poser le pied sur la Lune, SpaceX doit réussir à stocker et transférer des centaines de tonnes de carburant cryogénique en orbite sans qu’il ne s’évapore. Cette manœuvre, qui nécessite entre 10 et 15 lancements de _tankers_ pour une seule mission, n’a jamais été réalisée et reste **le plus grand point d’interrogation du programme**. Si la technologie de transfert de fluides dans le vide patine en 2026, le décret de Trump sera un coup dans l’eau : la volonté politique peut accélérer tous les budgets qu’elle veut, mais elle ne peut, en aucun cas, abroger les lois de la thermodynamique. Entre le triomphe et le crash, **il n’y a parfois qu’un pas** !
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