Les enjeux stratégiques du soutien aux prisonnier.ère.s politiques
Le Secours rouge international a été fondé dans les années 1920, sous l'impulsion de l'Internationale communiste, pour venir en aide aux militant.e.s persécuté.e.s pour leurs idées révolutionnaires. Sont considérées comme prisonnier.ères politiques les personnes ayant été sanctionnées au motif de leur engagement contre l'oppression capitaliste, coloniale ou impérialiste. Ce constat ne nie pas que tout détenu est lui-même victime de politiques criminelles (comme les politiques migratoires) et ne cherche pas non plus à hiérarchiser les individus ou leur souffrance. Il distingue cependant le prisonnier politique du détenu de droits commun : le premier est incarcéré au motif de son implication dans le combat révolutionnaire alors que le second est sanctionné pour une action qui n'a pas de visée politique. Cette définition, souvent invalidée par les autorités pour délégitimer les luttes révolutionnaire, est en soi un enjeu de lutte.
Le soutien aux prisonnier.ères politiques revêt donc une importance stratégique à plusieurs niveaux. Tout d'abord, il dénonce la violence des régimes en place qui utilisent la prison comme outil pour briser les mouvements sociaux, anticapitalistes ou révolutionnaires. Le soutien aux prisonnier.ère.s politiques est un acte de résistance actif : en rassemblant des forces militantes et en construisant des fronts solidaires, la défense des prisonnier.ère.s politiques est une stratégie de lutte à part entière luttant contre la criminalisation des idées révolutionnaires et les replace dans le débat public. De plus, ce soutien s'inscrit dans une perspective internationaliste, car la répression va au-delà des limites nationales, et exige, en réponse, la formation d'une solidarité internationale de toutes les forces œuvrant pour les idées révolutionnaires. À ce titre, les prisonnier.ère.s politiques sont encore une source d'inspiration pour nombres de mouvements révolutionnaires dans le monde. En Turquie, au Kurdistan et en Palestine, on les considère comme l'avant-garde du mouvement révolutionnaire. Loin de n'être qu'un moment du passé, le prisonnier politique se trouve à la pointe du combat révolutionnaire.
Le procès politique revêt également une importance toute particulière ; dépassant la simple application du droit, il met en scène l'affrontement entre un pouvoir et une cause, entre une idéologie dominante et une lutte de contestation. Contrairement au procès de droit commun, le procès politique juge un engagement militant et vise à criminaliser la lutte révolutionnaire, et à intimider celles et ceux qui portent ce combat. Le prisonnier politique devient alors un symbole et son procès doit être retourné en tribune politique, dans laquelle l'acteur révolutionnaire représente sa lutte et dénonce le système qu'il combat, tout en délégitimant les institutions judiciaires, présentées comme des outils de la classe dominante.
En outre, incarnant les valeurs de résistance dans leur société, les prionnier.ère.s politiques jouent un rôle majeur dans la transmission de l'histoire des luttes populaires. Les soutenir c'est refuser que cette histoire soit effacée ou diffamée, et faire vivre la contestation révolutionnaire contre la réappropriation et réécriture de cette histoire de la lutte par l'état bourgeois. Leur emprisonnement vise tant à les réduire au silence, qu'à effacer leur cause de la mémoire collective. Faire vivre leur souvenir, c'est honorer leur sacrifice comme partie intégrante de la mémoire des luttes populaires et affirmer que la lutte continue : ce que les dominants voudraient enfermer dans une cellule, ou enterrer dans l'oubli, nous le faisons vivre dans le présent. Les luttes ne meurent jamais : elles se transforment, se reprennent, s'adaptent, mais ne s'éteigneront pas !