En effet, travailler sur une fuite importante implique de prendre le temps de vérifier des milliers de données, de faire le tri entre informations d’intérêt général et informations strictement privées, de croiser les éléments et de les confronter loyalement aux dires des personnes concernées – ce que l’on appelle le contradictoire. Ce travail souterrain dure souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois. À titre d’exemple, les recherches ayant abouti à la publication des Football Leaks (soit une fuite de 18,6 millions de documents) ont impliqué pendant sept mois 60 journalistes réunis dans le consortium European Investigative Collaborations (EIC). Rien qu’à Mediapart, trois journalistes ont travaillé à plein temps sur le sujet pendant toute cette période. Un deuxième aspect des Macron Leaks nous paraissait problématique : la diffusion à grande échelle de données personnelles n’ayant rien à faire sur la place publique. Cette diffusion nous semblait irresponsable, parce qu’elle pouvait porter atteinte à la sécurité des personnes ou au respect de leur vie privée. Encore récemment, une personne citée dans la base de données expliquait à Mediapart à quel point la publication en open bar d’informations qui relevaient de son intimité avait eu des conséquences néfastes pour elle et ses proches.
Pour autant, une fois ces documents sur la place publique, nous ne pouvions occulter ceux d’entre eux susceptibles de contenir des informations d’intérêt général. C’est ce qui a emporté la décision de Mediapart de travailler malgré tout sur le contenu des Macron Leaks, sans rien cacher de leur origine crapuleuse (voir nos articles ici, ici et là), et sans savoir ce que nous allions en faire éditorialement. Comment avons-nous dès lors exploité la base de données ? Grâce aux technologies développées avec nos partenaires de l’EIC, les équipes techniques du journal ont indexé toutes les données dans un moteur de recherche sécurisé. Cela a permis d’analyser la composition du leak et, surtout, d’effectuer des recherches ciblées par sujet, nom, date ou mot-clé. Conformément à notre manière de manipuler ce genre de matériau, nous avons aussi décidé de prendre le temps de vérifier et de trier les données. Peu importaient le calendrier électoral, l’emballement médiatique ou la pression du public. Après deux semaines d’enquête et de vérifications (notamment avec des témoignages et documents récupérés au fil de la campagne d’Emmanuel Macron), et de respect du débat contradictoire, nous avons publié notre première enquête tirée des Macron Leaks le 21 mai 2017. Cet article, consacré aux coulisses de la levée de fonds hors-norme d’Emmanuel Macron, a été écrit par quatre journalistes.
Démarche d’enquête sensiblement identique au traitement des #MacronLeaks en 2017.
Pour rappel : l’approche de @mediapart.fr à l’époque 👇
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