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Hashtag
#masculinité
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Foncez voir le spectacle Garçon de Samuel Certenais : il nous parle de son cheminement et de ses questionnements sur la #masculinité 💪🏻👗
Mise en scène par Noémie de Lattre

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Streetphilosophy - Sois un homme ! Mais comment ? - Regarder l’émission complète | ARTE Une émission philosophique sous forme de déambulation dans Berlin, en compagnie de la jeune présentatrice Ronja von Rönne.

Comment être un homme libéré des stéréotypes machistes? Qu'est-ce qu'un homme, en fait? Autant de questions que ce court documentaire réussi soulève avec beaucoup d'à-propos. #masculinité #virilité #gender
www.arte.tv/fr/videos/09...

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Docu ce soir 21h sur LCP/Public Sénat : 
"Eduquons nos fils"
Il interroge le poids de la masculinité toxique sur la société, ses origines et ses répercussions.

Docu ce soir 21h sur LCP/Public Sénat : "Eduquons nos fils" Il interroge le poids de la masculinité toxique sur la société, ses origines et ses répercussions.

A voir 📺 docu ce soir 21h sur LCP/Public Sénat :
"Eduquons nos fils"
Il interroge le poids de la #masculinité toxique sur la société, ses origines et ses répercussions.

Aussi en replay
👉 www.france.tv/france-2/inf...

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Un regard qui en dit long…
Une chemise entrouverte, une rose, et juste ce qu’il faut de mystère. 🌹
Jean Michel S *Nov 2021*

#RegardAguicheur #ShootingInspiration #Masculinité #RoseRouge #MoodDuJour #ArtVisuel #SexyAndClassy #UnderwearModel #ConfidenceIsKey #InstagramMen

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Original post on friendica.world

Je réécoute "Les Hauts de Hurlevent" sur #FranceCulture.
Belle démonstration de #patriarcat pathologique et de #masculinité mortifère.
Et des luttes de pouvoir et caprices égoromantiques bourgeois.
L' #amour c'est de la littérature.
Nul besoin de tuer ni de mourir pour ça.
Pareil pour les […]

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"Metalheads are
So SCARY!"

"Metalheads are So SCARY!"

Un metalleux de qui fait de la danse classique avec sa fille

Un metalleux de qui fait de la danse classique avec sa fille

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C’est ça être un bon père 👏👏👏
S’intéresser aux passions de ses enfants même si ce ne sont pas les nôtres

#masculinité #famille #feminisme

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bad_girl.92.punuu

when a man likes you he talks to you everyday and apperently when you start to like him back he is very busy and can't talk at all. That's how it works.

bad_girl.92.punuu when a man likes you he talks to you everyday and apperently when you start to like him back he is very busy and can't talk at all. That's how it works.

melissa9913williams 
I don't understand he chased me for months and was so sweet until he knew l liked him then he Changed

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harborbeauty21
When you like him back, the chase trial period is over

melissa9913williams I don't understand he chased me for months and was so sweet until he knew l liked him then he Changed Voir 19 autres réponses harborbeauty21 When you like him back, the chase trial period is over

natosha.elaine 
always....l'm just gonna act not interested until we sign a lease together
Répondre
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memrie_shea 
Wow i see this is quite regular behavior.
It's so pathetic. Been there done that.
It's exhausting
Répondre
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sexywomanmom2026 
Wrong treat her when you first started talking to her don't play mind games with her feelings

natosha.elaine always....l'm just gonna act not interested until we sign a lease together Répondre Voir la traduction memrie_shea Wow i see this is quite regular behavior. It's so pathetic. Been there done that. It's exhausting Répondre Voir la traduction sexywomanmom2026 Wrong treat her when you first started talking to her don't play mind games with her feelings

christiana_odu 3 s
Gif d’une femme qui pleure
Répondre Voir la traduction
precious_andie06 2 s
They will chase u and stop chasing u after u start caring for them.

christiana_odu 3 s Gif d’une femme qui pleure Répondre Voir la traduction precious_andie06 2 s They will chase u and stop chasing u after u start caring for them.

J’en ai déjà parlé : ces hommes qui nous draguent à fond et dès qu’on leur montre que c’est réciproque ils partent en courant. N’accusez pas les femmes de ne pas vouloir de vous, c’est vous le problème, faites une thérapie pour être capable de construire une relation #masculinité

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Quand on passe quelques jours loin l'un de l'autre il m'appelle chaque jour si je le souhaite, et même quand on est pas loin l'un de l'autre il m'envoie des messages mignons au quotidien

Quand on passe quelques jours loin l'un de l'autre il m'appelle chaque jour si je le souhaite, et même quand on est pas loin l'un de l'autre il m'envoie des messages mignons au quotidien

Il fait des efforts sur son hygiène de vie (qui est moins bonne que la mienne à la base) car il sait que c'est important pour moi, pour nous, puisqu'on veut avoir le plus de temps possible ensemble dans cette vie , et ça ça passe forcément par un mode de vie sain

Il fait des efforts sur son hygiène de vie (qui est moins bonne que la mienne à la base) car il sait que c'est important pour moi, pour nous, puisqu'on veut avoir le plus de temps possible ensemble dans cette vie , et ça ça passe forcément par un mode de vie sain

Bref il est tellement investi, patient et doux qu'il répare des parts de moi qui ont été profondément blessées dans de précédentes relations. Il me montre que ça existe, une relation où tu ne dois pas quémander ce qui est basique. Je ne pensais même plus que c'était possible de rencontrer quelqu'un comme ça. Oui tout ça DEVRAIT être la norme, mais est-ce que c'est courant pour autant ? Non. Être aimée sainement et avec intention est quelque chose de rare, c'est un fait, et je suis chanceuse de vivre cela.

Bref il est tellement investi, patient et doux qu'il répare des parts de moi qui ont été profondément blessées dans de précédentes relations. Il me montre que ça existe, une relation où tu ne dois pas quémander ce qui est basique. Je ne pensais même plus que c'était possible de rencontrer quelqu'un comme ça. Oui tout ça DEVRAIT être la norme, mais est-ce que c'est courant pour autant ? Non. Être aimée sainement et avec intention est quelque chose de rare, c'est un fait, et je suis chanceuse de vivre cela.

Si on a un souci, une incompréhension ou autre, il prend le temps de parler avec moi pour qu'on se comprenne et qu'on règle les choses - on est ENSEMBLE et pas l'un contre l'autre

Si on a un souci, une incompréhension ou autre, il prend le temps de parler avec moi pour qu'on se comprenne et qu'on règle les choses - on est ENSEMBLE et pas l'un contre l'autre

J’en mets encore pour les personnes qui n’auraient toujours pas compris #masculinité

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aurane.k

Ce que mon amoureux fait pour moi qui mettrait un mec pas investi dans le coma 00
Partie 2

aurane.k Ce que mon amoureux fait pour moi qui mettrait un mec pas investi dans le coma 00 Partie 2

Il sait que je ne suis pas à l'aise dans une foule du type concerts ou autres parce que j'ai déjà vécu un truc traumatisant dans ce genre de contexte, alors quand on se rend à ce genre d'événement il veille à rester tout le temps derrière moi pour me protéger et me rassurer

Il sait que je ne suis pas à l'aise dans une foule du type concerts ou autres parce que j'ai déjà vécu un truc traumatisant dans ce genre de contexte, alors quand on se rend à ce genre d'événement il veille à rester tout le temps derrière moi pour me protéger et me rassurer

En public il fait attention à moi, c'est pas le type de mec qui te calcule pas quand t'es à l'extérieur ou qui change d'attitude devant sa famille ou ses amis. Il assume son amour pour moi sans honte et sans gêne!

En public il fait attention à moi, c'est pas le type de mec qui te calcule pas quand t'es à l'extérieur ou qui change d'attitude devant sa famille ou ses amis. Il assume son amour pour moi sans honte et sans gêne!

Il ne me met pas en concurrence avec les autres femmes: pas d'allusions bizarres, pas de follow ou de like déplacés, jamais de comparaisons, je suis SEREINE. J'ai même le code de son tel tellement il a confiance en moi et n'a rien à cacher, tout comme il a le mien !

Il ne me met pas en concurrence avec les autres femmes: pas d'allusions bizarres, pas de follow ou de like déplacés, jamais de comparaisons, je suis SEREINE. J'ai même le code de son tel tellement il a confiance en moi et n'a rien à cacher, tout comme il a le mien !

Une relation saine c’est ça, un homme qui protège c’est ça, on vous demande juste d’être présents, mais vous voulez enfermer les femmes et contrôler leur vie ou déguerpir dès qu’il faut aider. Un homme gentil, un homme bien, c’est pas compliqué en vrai #masculinité

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[FR]Une peinture à l'huile sur bois monumentale du XVe siècle. Dix personnages grandeur nature, aux expressions de douleur intense, sont serrés dans un espace étroit simulant un sanctuaire sculpté en bois doré. Au centre, le corps pâle et sans vie du Christ est descendu de la croix, formant une diagonale parallèle à celle de la Vierge Marie, qui s'évanouit de douleur dans la même position. Les vêtements sont riches (velours bleu, brocarts d'or) et les larmes sont visibles sur les visages, créant un effet de bas-relief dramatique.
[ENG]A monumental 15th-century oil painting on wood. Ten life-sized figures, displaying expressions of intense grief, are crowded into a narrow space simulating a gilded carved wooden shrine. At the center, Christ’s pale, lifeless body is lowered from the cross, forming a diagonal line that parallels the Virgin Mary, who faints in the exact same position. The garments are opulent (blue velvet, gold brocades), and tears are visible on the faces, creating a dramatic bas-relief effect.

[FR]Une peinture à l'huile sur bois monumentale du XVe siècle. Dix personnages grandeur nature, aux expressions de douleur intense, sont serrés dans un espace étroit simulant un sanctuaire sculpté en bois doré. Au centre, le corps pâle et sans vie du Christ est descendu de la croix, formant une diagonale parallèle à celle de la Vierge Marie, qui s'évanouit de douleur dans la même position. Les vêtements sont riches (velours bleu, brocarts d'or) et les larmes sont visibles sur les visages, créant un effet de bas-relief dramatique. [ENG]A monumental 15th-century oil painting on wood. Ten life-sized figures, displaying expressions of intense grief, are crowded into a narrow space simulating a gilded carved wooden shrine. At the center, Christ’s pale, lifeless body is lowered from the cross, forming a diagonal line that parallels the Virgin Mary, who faints in the exact same position. The garments are opulent (blue velvet, gold brocades), and tears are visible on the faces, creating a dramatic bas-relief effect.

[fr] Gros plan sur le visage de profil de Saint Jean l'Évangéliste. Ses traits sont jeunes, encadrés par des cheveux bouclés d'un roux sombre. Ses yeux sont rouges, gonflés par les larmes, et son regard est empreint d'une tristesse profonde et protectrice alors qu'il soutient la Vierge Marie. La finesse du pinceau révèle des détails minuscules, comme la transparence des larmes sur ses joues et la tension de sa mâchoire.
[Eng] close-up of Saint John the Evangelist’s face in profile. His features are youthful, framed by short, curly dark-red hair. His eyes are red and swollen from weeping, and his gaze conveys deep, protective sorrow as he supports the Virgin Mary. The fine brushwork reveals minute details, such as the transparency of the tears on his cheeks and the tension in his jaw.

[fr] Gros plan sur le visage de profil de Saint Jean l'Évangéliste. Ses traits sont jeunes, encadrés par des cheveux bouclés d'un roux sombre. Ses yeux sont rouges, gonflés par les larmes, et son regard est empreint d'une tristesse profonde et protectrice alors qu'il soutient la Vierge Marie. La finesse du pinceau révèle des détails minuscules, comme la transparence des larmes sur ses joues et la tension de sa mâchoire. [Eng] close-up of Saint John the Evangelist’s face in profile. His features are youthful, framed by short, curly dark-red hair. His eyes are red and swollen from weeping, and his gaze conveys deep, protective sorrow as he supports the Virgin Mary. The fine brushwork reveals minute details, such as the transparency of the tears on his cheeks and the tension in his jaw.

[fr] Gros plan sur le visage de Nicodème, l'homme d'âge mûr qui soutient le corps du Christ par les jambes. Il porte une luxueuse robe de brocart dorée et une coiffe sombre. Son visage, marqué par les rides de l'âge et de l'inquiétude, exprime une compassion digne et contenue. Ses yeux tristes sont fixés sur le corps du Christ. 
[Eng] Zoom on Nicodemus' face, senior male figure, supporting the Christ's legs. He wears a luxurious brocarde robe and a dark headpiece. His face, marked by the lines of age and concern, expresses dignified and restrained compassion. His eyes are fixed on the Christ's body.

[fr] Gros plan sur le visage de Nicodème, l'homme d'âge mûr qui soutient le corps du Christ par les jambes. Il porte une luxueuse robe de brocart dorée et une coiffe sombre. Son visage, marqué par les rides de l'âge et de l'inquiétude, exprime une compassion digne et contenue. Ses yeux tristes sont fixés sur le corps du Christ. [Eng] Zoom on Nicodemus' face, senior male figure, supporting the Christ's legs. He wears a luxurious brocarde robe and a dark headpiece. His face, marked by the lines of age and concern, expresses dignified and restrained compassion. His eyes are fixed on the Christ's body.

Larmes d'hommes : vol. I - part 1/6 🏛️🧶
Pleurer, d'accord, mais avec une excellente raison
Dans « La Descente de croix » (c. 1435, Rogier van der Weyden, Prado), deux deuils s'opposent : la douleur vive du jeune Jean face à la dignité sage de Nicodème.
#HistoireDeLart #Masculinité #larmes

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Cinq gendarmes blessés lors d'une course-poursuite entre Saint-Pol-de-Léon et Morlaix - ICI Dans une voiture volée, quatre hommes ont tenté d'échapper aux gendarmes dans la nuit de samedi 27 à dimanche 28 décembre, dans le nord-Finistère. Ils ont fui, tous phares éteints, avant de prendre la...

Délit de fuite à Saint-Pol de Léon (29) puis autoroute prise à contresens, gendarmes blessés, 3 mecs dont un pisseur, plus une femme (encore une mal accompagnée qui ne conduisait pas) arrêtés dans un véhicule volé : comparution immédiate pour les 3 mecs www.francebleu.fr/infos/faits-...
#Masculinité

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Et tout ça pour tenter de contrer la mâlefaisance et la mâleveillance masculines majoritaires, impensé total, jamais dénoncées comme pratiques de la #virilité, #masculinité.
Motus
Silencio
Pavé sur la langue.

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binge.audio Le réseau de podcast nouvelle génération

Rap : concours de beats — Super podcast qui explore la #masculinité et ses représentations dans le #rap. Un entretien, de Benjamine Weill reçu par José Tippenhauer pour Les Couilles sur la Table, interrogeant le caractère intrinsèquement #viriliste, ou non, du rap.

www.binge.audio/podcast/les-...

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La masculinité en question | RTS #masculinité #virilité #masculinisme #initiation #déconstruction #patriarcat #féminisme #injonction #courage #liberté #responsabilité

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Comment réagir face aux idées "mascu" à l'école ? ????????
Comment réagir face aux idées "mascu" à l'école ? ???????? -- volmmxSjxZA?version=3

📽️ vidéo en ✊ Comment réagir face aux idées "mascu" à l'école ? ????????: -- volmmxSjxZA?version=3 #éducation #masculinité #égalitédessexes #scolarité

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Abandona filha aos seis meses e viola-a aos 14 anos Homem atualmente com 33 anos foi condenado a cinco anos de prisão mas o Tribunal de Coimbra suspendeu-lhe a pena.

Abandonner sa fille aux 6 mois, la #violer à 14 ans, c'est un bon résumé de la #masculinité ?
(... et du sursis)

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L'obsession pour la #masculinité toxique... sérieusement, ça fait #gay

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🌸✨ 𝐋𝐚 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐧 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞𝐥𝐥𝐞 ✨🌸

Chez Walter Zak, la tendresse devient acte politique : les corps masculins y sont vulnérables, sensuels, réels. Une esthétique queer qui défie les codes virils.

#ArtQueer #WalterZak #Photographie #Masculinité

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Tu dirais quoi au Thomas qui avait 15 ans ? @Thomaslamiral-y3y  @AqMEofficiel #shorts #tattoo
Tu dirais quoi au Thomas qui avait 15 ans ? @Thomaslamiral-y3y @AqMEofficiel #shorts #tattoo YouTube video by Louisa Amara

🎙️Single Jungle Ep.119🤘🏽👨🏼‍🎤 Thomas L'amiral, tatoueur, ex-chanteur du groupe métal AsME
« Tu dirais quoi au Thomas qui avait 15 ans ? On s’est est bien sorti ? »
singlejungle.lepodcast.fr/ep-point-119... youtube.com/shorts/54x0L... #tatouage #podcast #masculinité

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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la tables”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférent alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les psychologues carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute masculin comme un rival dangereux, une menace à leur masculinité et une thérapeute féminine comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser la thérapeute, la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui à mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. 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Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. 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Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. 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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la tables”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférent alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les psychologues carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute masculin comme un rival dangereux, une menace à leur masculinité et une thérapeute féminine comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser la thérapeute, la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui à mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférents alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les cliniciens carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute de même sexe comme un rival dangereux, une menace à leur identité sexuelle et un thérapeute du sexe opposé comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité ou de féminité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser le / la thérapeute, le / la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui s’avère mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. 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Injonctions masculinistes et délinquance J’ai écouté avec plaisir et intérêt un entretien d’Édouard Louis publié le 25 septembre 2025 sur une chaîne YouTube intitulée _“les couilles sur la table”_ : Il expose avec pédagogie et sensibilité sa position sur la _masculinité_ moderne et ses aléas sociaux. Il situe cette thématique comme centrale dans le rapport que chaque individu entretient avec l’ _ordre social_. Ces critères de masculinité promettent une _légitimité_ mais s’avèrent trompeurs car ils ne peuvent que mener, in fine, à un échec plus ou moins sévère. Selon Édouard Louis, toutes les institutions sociales sont vectrices de cet idéal de masculinité. Nul ne peut y échapper sans jamais l’atteindre pour autant. Ce diktat serait d’ailleurs plus puissant que l’appartenance à telle ou telle classe sociale, selon lui. Cette thèse est très intéressante et me semble très pertinente pour tenter de comprendre le _recours à la violence_ de personnes judiciarisées. Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférent alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les psychologues carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute masculin comme un rival dangereux, une menace à leur masculinité et une thérapeute féminine comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser la thérapeute, la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui à mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. 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Il s’agit surtout de jeunes hommes appartenant à des classes paupérisées ou marginalisées (Ogien, 1995). La psychiatrie les a parfois qualifiés d’ _antisociaux_ (American Psychiatric Association, 1952). Cette qualification induit l’idée que ces personnes ne partageraient pas les mêmes idéaux sociaux voire auraient pour intention de _contester_ l’ordre moral de la société. Or, parler avec des personnes délinquantes ou incarcérées permet parfois de constater que si les moyens utilisés peuvent être violents, les buts recherchés s’avèrent quant à eux souvent très conventionnels : acheter de beaux vêtements, trouver une épouse, se marier avec elle, acheter une maison, travailler ou encore porter assistance à ses parents. En ce qui concerne les femmes incarcérées, dans la plupart des cas, il s’agit de s’occuper de ses enfants. Ou d’en faire. D’autres objectifs sont rarement cités de manière spontanée. J’ai toujours personnellement été surpris par un tel conventionnalisme de la part de personnes prétendument déviantes. Cette image d’Épinal fait immanquablement penser à la thèse d’Édouard Louis relative au carcan dans lequel tout un chacun se retrouve pris, sans possibilité de s’en décaler. Penser un autre modèle s’avère bien souvent impossible, ce qui limite les interventions psychothérapeutiques. Celles-si se limitent d’ailleurs parfois à tenter de _réduire l’impulsivité_ et à davantage _accepter les frustrations_. Si certains psychologues se contentent de ces objectifs, d’autres pourraient les concevoir comme peu ambitieux. Classiquement, la psychothérapie vise une (ré)appropriation de ses désirs personnels afin de mener une vie en congruence avec soi-même. Dans le champ de la délinquance, le thérapeute ne serait-il qu’un agent de _normalisation comportementale_ ? Par là même, il deviendrait un _complice des injonctions patriarcales_. Or, pour un homme, parler de soi, réfléchir, s’instruire l’éloigne du prototype de la virilité censé se réaliser dans les actes, qu’ils soient violents ou non. Le cadre thérapeutique est dès lors susceptible de fragiliser cet idéal de masculinité. Ce qui expliquerait pourquoi de nombreux jeunes délinquants refusent de s’inscrire dans un cadre thérapeutique, estimé féminin et donc honteux. Durant son entretien, Édouard Louis se demande ce qui peut aider une personne à échapper au carcan masculiniste. Est-ce le courage ? Est-ce la souffrance ? Les opportunités de la vie ? Un cas n’est évidemment pas l’autre. Peut-être une confluence de facteurs. Mais il semble que les rencontres aient jouer un rôle déterminant dans sa situation à lui. Des rencontres bienveillantes qui lui ont montré d’autres voies possibles. Reste alors la question de la _qualité_ de telle ou telle rencontre. Pourquoi une personne nous laisse-t-elle indifférent alors qu’une autre chamboulera notre vie ? La vie des personnes incarcérées sont souvent caractérisées par de nombreuses _ruptures_ , réelles et affectives. Ces ruptures ont fragilisé la possibilité de créer de nouveaux liens sécurisants et la _confiance_ envers autrui. Cette _insécurité_ est un frein supplémentaire à la relation thérapeutique. Il revient probablement au thérapeute de constituer un point de jonction entre sa propre masculinité et féminité psychique, si tant est que ces termes soient appropriés. Ce point de jonction impliquerait qu’il / elle incarne tant un rôle de père que de mère, dans une élan de réunification des deux positions. Cette négociation de la _bisexualité psychique_ n’est pas évidente et nous convoque au lieu des idéaux attendus des deux sexes biologiques. Comment incarner les deux sexes sans y perdre notre cohérence interne et sans se faire exclure du jeu social ? Il s’agit d’une tâche ardue pour les psychologues carcéraux, qui sont parfois jeunes et fourbissent leurs premières armes cliniques dans un environnement difficile et chaotique. Les personnes incarcérées peuvent parfois considérer un thérapeute masculin comme un rival dangereux, une menace à leur masculinité et une thérapeute féminine comme un objet sexuel. Dans le premier cas, les interventions du thérapeute peuvent être vécues comme des menaces à l’idéal de masculinité, ce qui peut provoquer de l’agressivité. Dans le second cas, les tentatives de séduction peuvent déstabiliser la thérapeute, la réduire à un objet à posséder. Dans les deux cas, c’est la _pensée_ du thérapeute qui à mise à l’épreuve. Si cette pensée disparaît, la thérapie est rendue inutile voire destructrice de part et d’autre. Elle doit être interrompue sous peine de passages à l’acte et d’un effondrement de l’identité professionnelle du clinicien. Le patient est alors confronté, une nouvelle fois, aux effets délétères de ses propres pensées destructrices et à l’abandon. Il revit alors un traumatisme auquel il a déjà été confronté précédemment. Pour la prise en charge de délinquants, le psychanalyste Claude Balier insistait sur le _travail du transfert_ (c’est-à-dire la relation consciente et inconsciente entre le patient et le / la thérapeute), la reconnaissance du passage à l’acte comme mode d’expression d’un _conflit interne_ , et la nécessité de _travailler en équipe_ (Balier, 1996). La question des attendus sociaux de la masculinité et de la féminité est centrale dans la prise en charge des personnes incarcérées. Elle nécessite une réflexion approfondie sur les rôles sociaux, les dynamiques de pouvoir et les attentes culturelles. En tant que thérapeute, il est crucial de naviguer avec sensibilité entre ces injonctions et les besoins individuels des patients, tout en reconnaissant les défis uniques que ces dynamiques peuvent poser dans le contexte carcéral. ## Les références American Psychiatric Association. (1952). _Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders_. Washington, D.C.: American Psychiatric Association. Balier, C. (1996). _Psychanalyse des comportements violents_. In _Le fil rouge_. Paris: Presses Universitaires de France. Ogien, A. (1995). _Sociologie de la déviance_. Presses universitaires de France. ## Citation BibTeX @online{thiry2025, author = {Thiry, Benjamin}, title = {Injonctions masculinistes et délinquance}, date = {2025-10-06}, url = {https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/}, langid = {fr} } Veuillez citer ce travail comme suit : Thiry, B. (2025, October 6). Injonctions masculinistes et délinquance. Retrieved from https://benjaminthiry.netlify.app/posts/2025-10-06-masculinite/
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