La mort de Nooran Rezayi aux mains d’un policier de Longueuil qui lui a tiré deux fois dans l’abdomen alors que l’enfant de quinze ans ne posait aucune menace est l’occasion pour des personnes et des organisations se posant comme progressistes, libérales ou réformatrices de proposer que les corps de police soient équipés de caméras d’intervention. C’est une fausse bonne idée, et cela pour plusieurs raisons, comme l’explique Alec Karakatsanis dans un ouvrage dont le lancement a eu lieu le jour même de la mort de Nooran, ce 21 septembre au festival Defund la police.
Pour justifier l’achat massif de cet équipement pour chaque policier, on invoque souvent la question de la responsabilité ou de la redevabilité, l’objectif de transparence et un meilleur contrôle des forces policières de la part des autorités ou du public. Or, dans son ouvrage, le juriste étasunien Alec Karakatsanis démontre que ce dispositif de surveillance, loin d’assurer plus d’imputabilité des forces répressives, renforce au contraire leur pouvoir, leur impunité et leurs budgets. En effet, les caméras d’intervention ont d’abord pour « utilité » de protéger les forces répressives contre les poursuites civiles et pénales, de mieux contrôler le récit autour des interventions policières violentes, de surveiller davantage le public et réguler son comportement et de collecter de « meilleures » preuves contre les pauvres, les jeunes, les personnes racisées. Les bandes vidéos sont utilisées et rendues publiques selon les modalités et au moment jugé opportun par les autorités de manière à contrôler le récit.
Dans sa préface à l’ouvrage, Ted Rutland note : « Pour les entreprises [qui fournissent ces équipements], les caméras d’intervention constituent une source inépuisable de revenus, non seulement par la vente des appareils, mais aussi par la fourniture d’un stockage massif de données et de logiciels d’analyse de données en constante évolution (y compris la reconnaissance faciale). Pour la police, elles constituent un véritable « trésor » de preuves vidéo et une arme puissante pour arrêter et extorquer des aveux de culpabilité aux personnes pauvres qu’elle cible massivement, une récolte plus abondante de renseignements lors des manifestations et un outil d’intensification de la répression politique. Enfin, les caméras d’intervention permettent aux responsables de détourner l’attention du public des problèmes institutionnels et systémiques vers des questions de responsabilité individuelle et de solutions techniques faciles. » Définançons la police.
Nous offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Nooran Rezayi.
Nous réclamons vérité, justice, réparation.
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