3 months ago
Puissance incantatoire de la futurologie énergétique. Entre homogénéisation cosmotechnique et pragmatique des futurs
Faire exister des contre-imaginaires oblige à comprendre la façon dont les imaginaires dominants sont produits. Depuis les années 1970, notamment dans l’énergie, l’un des cadres structurants de la production de récits et de discours qui trament ces imaginaires est celui de la futurologie. Elle est plurielle dans ses pratiques et diverse dans ses racines. Cependant, la futurologie contemporaine institutionnelle, née surtout de l’appropriation par le complexe militaro-industriel de l’usage de l’informatique et des mathématiques appliquées à des fins de prévision, apparaît comme seule dépositaire des a-venirs. Élevée au rang de « science des futurs », elle construit une épistémologie de l’anticipation empreinte de culture cybernétique. Prenant comme objet l’énergie, dont la science thermodynamique et les rapports qu’elle entretient à la matérialité du monde en ont fait une véritable ontopolitique du capitalisme industriel (Cara N. Daggett), elle configure nos rapports au monde. À ce titre, la futurologie énergétique est une cosmotechnique discursive des futurs, c’est-à-dire une famille de dispositifs techniques ayant pour finalité la production de récits et de discours sur le futur qui ordonnent notre vision du monde. Suivant Yuk Hui, en tant que technique, elle est cosmologique. Pour autant, si des cosmotechniques ont pu se côtoyer, à l’instar de la pluralité cosmologique, la modernisation, en tant que processus d’instauration de la modernité comme régime universel, a précipité l’avènement d’un réductionnisme cosmotechnique sans précédent. Si le processus d’homogénéisation est à ce point ancré dans la matrice de la construction des futurs énergétiques, quel horizon peut-on se donner pour faire advenir d’autres devenirs? De la projection de tendances à la production de futurs désirables, en passant par l’anticipation de futurs multiples, la futurologie énergétique sert des finalités diverses. Son pouvoir de faire advenir des mondes révèle une puissance incantatoire digne de la sorcellerie capitaliste d’Isabelle Stengers et de Philippe Pignarre. Où réside alors le processus de désenvoûtement qui retournera la magie? Une réponse se trouve probablement dans le surgissement de futurs minorisés (mineurs) qui se développent par l’expérience dans leurs milieux, notamment en réinterprétation et en retournement de trames dominantes (majeures). Ces pratiques futurologiques, que l’on pourrait qualifier de subalternes, font exister au présent de la diversité (technique, infrastructurelle, organisationnelle, sociale et politique) qui vient en friction et, par endroits, recomposer les rapports au monde : une technodiversité constitutive de ce que Francis Chateauraynaud appellerait une pragmatique des futurs.
[#Pragmatique des #futurs]
Mémoire : "Puissance incantatoire de la #futurologie énergétique : entre homogénéisation #cosmotechnique et #pragmatique des #futurs" sous la direction de Sophie Gosselin et le regard de @fchateaur.bsky.social ( @ehess.fr ) est en ligne : dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05418949
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