Le concept d’un groupe majoritaire hégémonique qui se tient hors de toute polémique, de toute opinion en rupture, de toute caractéristique hors norme, est un fantasme. La personne française type, moyenne, neutre, n’existe pas. Nous sommes toutes et tous des exceptions à un nombre plus ou moins grand de normes. À ce titre, la politisation n’invalide pas le reste de ce qui fait l’individu : face à un professionnel de la politique comme Macron, elle a même tendance à le renforcer, à lui donner des outils pour mettre des mots sur sa vie et celle de ses semblables, pour analyser les conditions de cette vie et les moyens de l’améliorer. C’est, à n’en pas douter, ce qui embête les professionnels de la politique, qui rêveraient d’un corps électoral entièrement dépolitisé, et donc perméable à leur foutue « pédagogie », sages petits élèves devant leurs maîtres. Les mêmes professionnels qui répètent à l’envi « les Français veulent que », « ce que les Français veulent aujourd’hui », et toutes les variantes qu’on connaît. Alors qu’ils n’en savent foutrement rien. Pas parce qu’ils sont déconnectés – et Dieu sait qu’ils le sont – mais parce que « les Français » n’ont pas de volonté unique et hégémonique. Comme n’importe quel groupe de population, le peuple français est traversé d’intérêts, de volontés et d’opinions divergentes et souvent contradictoires. Une diversité bien emmerdante pour un pouvoir politique qui aimerait pouvoir marginaliser ses opposants, sur le modèle « cette personne politisée ne représente pas la majorité, le grand public qui est raisonnable car pas biaisé par des idéologies ». Idéologies dont les gens de pouvoir sont bien sûr dépourvues, n’allons donc pas imaginer un seul instant qu’un responsable politique fasse de la politique.
🗃️ ARCHIVE : « Le grand public n'existe pas » (2022)
Réflexions sur les notions de « grand public », de « majorité », etc. Et sur le décalage des institutions avec la réalité de nos vies.
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