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Ainsi, formulé dans l’incertitude et la confusion, le révolutionnaire jugement de la Cour suprême du New Jersey nous oblige enfin à regarder l’euthanasie en face. Elle était, jusqu’à présent, le seul et unique fait social à propos duquel on ne puisse ni n’ose formuler de lois. Les mieux intentionnés s’accommodaient de cette pudeur : « Impossible de légiférer sur l’euthanasie, a dit le professeur Schwartzenberg, du centre anticancéreux de Villejuif. Il faut la pratiquer mais ne pas la permettre, ne pas en parler. » Trop facile. La société ne peut pas toujours fermer les yeux, ignorer sa main gauche, ou alors c’est la fin et le commencement de tout. L’affaire Quinlan vient à son heure. Sept cent cinquante mille Américains ont déjà signé des formulaires qui autorisent les médecins à « intervenir » sur eux en cas de besoin, et les juristes de quatorze Etats de l’Union préparent des projets de loi dans ce sens. Angoissant. Entre l’euthanasie et l’eugénisme, entre la « bonne mort » et la liquidation des indésirables, il n’y a qu’un pas. D’autres, de sinistre mémoire, l’ont franchi dans le passé. Mais si l’on se préoccupait plus de la souffrance et moins de la contradiction formelle entre la Vie et la Mort, on pourrait peut-être avancer. D’ailleurs, on avance.

Ainsi, formulé dans l’incertitude et la confusion, le révolutionnaire jugement de la Cour suprême du New Jersey nous oblige enfin à regarder l’euthanasie en face. Elle était, jusqu’à présent, le seul et unique fait social à propos duquel on ne puisse ni n’ose formuler de lois. Les mieux intentionnés s’accommodaient de cette pudeur : « Impossible de légiférer sur l’euthanasie, a dit le professeur Schwartzenberg, du centre anticancéreux de Villejuif. Il faut la pratiquer mais ne pas la permettre, ne pas en parler. » Trop facile. La société ne peut pas toujours fermer les yeux, ignorer sa main gauche, ou alors c’est la fin et le commencement de tout. L’affaire Quinlan vient à son heure. Sept cent cinquante mille Américains ont déjà signé des formulaires qui autorisent les médecins à « intervenir » sur eux en cas de besoin, et les juristes de quatorze Etats de l’Union préparent des projets de loi dans ce sens. Angoissant. Entre l’euthanasie et l’eugénisme, entre la « bonne mort » et la liquidation des indésirables, il n’y a qu’un pas. D’autres, de sinistre mémoire, l’ont franchi dans le passé. Mais si l’on se préoccupait plus de la souffrance et moins de la contradiction formelle entre la Vie et la Mort, on pourrait peut-être avancer. D’ailleurs, on avance.

« La mort en face », un article de Jean-Francis Held dans « le Nouvel Observateur » n° 597 du samedi 17 avril 1976.

« La mort en face », un article de Jean-Francis Held dans « le Nouvel Observateur » n° 597 du samedi 17 avril 1976.

Euthanasie : le cas emblématique de Karen Ann Quinlan, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2026... L’affaire Karen Quinlan, jeune Américaine plongée dans un coma sans retour, a suscité de nombreux débats, rapportait Jean-Francis Held le 17 avril 1976. #archivesObs

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Mai-68 : et tout commença par une histoire d'accès aux chambres des filles Revendications de mixité, mouvement anti-guerre du Vietnam et arrestations : ce cocktail est aux prémices de Mai-68. Plongée dans les archives du "Nouvel Observateur".

Un autre 22 mars... qui allait déboucher sur Mai-68: tout commença par une histoire d'accès aux chambres de filles www.nouvelobs.com/histoire/201... #archivesObs René Backmann (24 ans alors), au Nouvel Observateur, a été le seul reporter présent au moment de la création du Mouvement du 22 Mars.

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Les journalistes qui accompagnent un Premier ministre en voyage? Ils doivent «jouer le jeu» de sa com. De retour de Libye, Guy Sitbon livrait cet article acide sur Jacques Chirac et le journalisme politique, le 29 mars 1976. #archivesObs

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« Rédactions sur l’an 2000 », un article de Gérard Petitjean paru dans le Nouvel Observateur n° 593 du lundi 22 mars 1976.

« Rédactions sur l’an 2000 », un article de Gérard Petitjean paru dans le Nouvel Observateur n° 593 du lundi 22 mars 1976.

 En tout cas, la grande peur millénariste est là, bien ancrée. Franck imagine la Terre comme « une boule surpeuplée par un accroissement démographique incessant, surpolluée par des usines, des pétroliers, des avions de plus en plus puissants, des voitures, des déchets radioactifs… Un monde où chaque jour il y aurait des milliers de suicides, de meurtres ».

Un monde à la Orwell : « A 35 ans, j’aurai une situation sociale moyenne, travaillant dans une entreprise géante, gigantesque, dirigée par de grands patrons représentant l’Etat que l’on ne voit guère souvent. Tous mes besoins sont fournis par l’entreprise ou par des auxiliaires de l’usine : vêtements, alimentation, loisirs, transports, habitat. Je vois les pays organisés de façon impérative, cruelle parfois… » Etc.

Ou cette petite bonne femme qui déclare : « Dans l’état actuel de la vie, je ne peux pas donner une opinion optimiste sur l’avenir. » Elle divise l’humanité en deux castes : les « indépendants » et les « automates », et se range parmi ces derniers : « Je fais partie des gens qui ont une vie programmée par la société. Faisant partie de cette classe, je ne sais pas trop bien comment interpréter l’avenir… » Il y a celui qui constate que tout augmente et qui demande avec inquiétude : « Où en serons nous en 1966 ? » [sic : coquille pour « 1976 » ?]

En tout cas, la grande peur millénariste est là, bien ancrée. Franck imagine la Terre comme « une boule surpeuplée par un accroissement démographique incessant, surpolluée par des usines, des pétroliers, des avions de plus en plus puissants, des voitures, des déchets radioactifs… Un monde où chaque jour il y aurait des milliers de suicides, de meurtres ». Un monde à la Orwell : « A 35 ans, j’aurai une situation sociale moyenne, travaillant dans une entreprise géante, gigantesque, dirigée par de grands patrons représentant l’Etat que l’on ne voit guère souvent. Tous mes besoins sont fournis par l’entreprise ou par des auxiliaires de l’usine : vêtements, alimentation, loisirs, transports, habitat. Je vois les pays organisés de façon impérative, cruelle parfois… » Etc. Ou cette petite bonne femme qui déclare : « Dans l’état actuel de la vie, je ne peux pas donner une opinion optimiste sur l’avenir. » Elle divise l’humanité en deux castes : les « indépendants » et les « automates », et se range parmi ces derniers : « Je fais partie des gens qui ont une vie programmée par la société. Faisant partie de cette classe, je ne sais pas trop bien comment interpréter l’avenir… » Il y a celui qui constate que tout augmente et qui demande avec inquiétude : « Où en serons nous en 1966 ? » [sic : coquille pour « 1976 » ?]

"Que ferez-vous en l’an 2000?" Les réponses angoissées de collégiens, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2026... "Le dimanche, nous n’irons pas à la campagne. Il n’y en aura sûrement plus avec la pollution." #archivesobs

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 Alors, à vingt-deux ans, Hélène Lamartinie a débuté sur le tas, comme institutrice « suppléante ». « A cette époque, se souvient-elle, la circonscription de Paris couvrait aussi la banlieue. Tous les huit-dix jours, on changeait mon affectation. J’étais ballottée de Bagnolet à Romainville, et de Romainville à je ne sais plus où. C’était très pénible. Tous les soirs, je rentrais chez moi en me disant : “Ce n’est pas possible de continuer.” Je ne savais pas parler aux enfants. C’est tout un art. Il ne suffit pas de parler ; il faut se faire comprendre. Je vivais dans l’angoisse à la pensée que je pourrais ne pas combler le temps, me retrouver à une heure de la fin des cours sans rien avoir à proposer à mes élèves. Ma seule consolation consistait à penser qu’ils n’étaient en face de moi que pour dix jours, que les dégâts seraient limités. Il y a vingt ans, les conseillers pédagogiques n’existaient pas. Et puis, petit à petit, je me suis formée sur le tas. J’ai appris à m’adresser aux enfants… »

La période difficile a duré un an. A la rentrée suivante, Hélène Lamartinie était nommée remplaçante, avait la même classe pendant toute l’année et déjà un peu plus d’assurance.

Aujourd’hui, Hélène Lamartinie a de l’expérience et du sang-froid. Mais la tension nerveuse est toujours là. « Vous savez, c’est un dur métier. On nous reproche quelquefois nos vacances. Mais, croyez-moi, nous avons besoin de souffler. Vivre six heures par jour avec vingt-cinq gosses, ça use n’importe qui. Les enfants vous sollicitent constamment au cours d’une journée. »

Alors, à vingt-deux ans, Hélène Lamartinie a débuté sur le tas, comme institutrice « suppléante ». « A cette époque, se souvient-elle, la circonscription de Paris couvrait aussi la banlieue. Tous les huit-dix jours, on changeait mon affectation. J’étais ballottée de Bagnolet à Romainville, et de Romainville à je ne sais plus où. C’était très pénible. Tous les soirs, je rentrais chez moi en me disant : “Ce n’est pas possible de continuer.” Je ne savais pas parler aux enfants. C’est tout un art. Il ne suffit pas de parler ; il faut se faire comprendre. Je vivais dans l’angoisse à la pensée que je pourrais ne pas combler le temps, me retrouver à une heure de la fin des cours sans rien avoir à proposer à mes élèves. Ma seule consolation consistait à penser qu’ils n’étaient en face de moi que pour dix jours, que les dégâts seraient limités. Il y a vingt ans, les conseillers pédagogiques n’existaient pas. Et puis, petit à petit, je me suis formée sur le tas. J’ai appris à m’adresser aux enfants… » La période difficile a duré un an. A la rentrée suivante, Hélène Lamartinie était nommée remplaçante, avait la même classe pendant toute l’année et déjà un peu plus d’assurance. Aujourd’hui, Hélène Lamartinie a de l’expérience et du sang-froid. Mais la tension nerveuse est toujours là. « Vous savez, c’est un dur métier. On nous reproche quelquefois nos vacances. Mais, croyez-moi, nous avons besoin de souffler. Vivre six heures par jour avec vingt-cinq gosses, ça use n’importe qui. Les enfants vous sollicitent constamment au cours d’une journée. »

« Six heures par jour face à vingt-cinq gosses », article de Gérard Petitjean dans « le Nouvel Observateur » n° 592, lundi 15 mars 1976

« Six heures par jour face à vingt-cinq gosses », article de Gérard Petitjean dans « le Nouvel Observateur » n° 592, lundi 15 mars 1976

La vie d’une institutrice, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com «Quand je ne peux plus supporter le bruit de la classe, je laisse tomber» www.nouvelobs.com/societe/2026... Au bout de vingt ans de carrière, 3.336 francs [équivalant en 2025 à 2.519 euros]. «Un salaire d’ouvrier qualifié.» #archivesObs

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« Le Midi en feu », article d’Hervé Chabalier dans « le Nouvel Observateur » n° 591, lundi 8 mars 1976

« Le Midi en feu », article d’Hervé Chabalier dans « le Nouvel Observateur » n° 591, lundi 8 mars 1976

 La « provocation » de Fourcade

Déjà plane l’ombre d’Aléria [trois gendarmes tués en 1975]. Déjà les viticulteurs dressent un barrage sur cette nationale 113 qui, de Narbonne à Carcassonne, est la véritable artère de l’Aude. Les viticulteurs se regroupent à Montredon. A 13 heures, c’est sacré, les manifestants cassent la croûte et écoutent la radio. Ils entendent les déclarations de Jean-Pierre Fourcade : « Il faudra mettre rapidement sous les verrous ces émeutiers […] On ne parle pas de revendications lorsqu’on fait sauter des perceptions. » Et le ministre des Finances, qui décidément n’en rate pas une, de préciser : « Ces émeutiers ne peuvent être des représentants des viticulteurs. » Que n’est-il allé se renseigner sur place ? Il y aurait vu des maires modérés, des notables empâtés, des viticulteurs au bord du troisième âge, aussi acharnés que les jeunes Occitans et les militants des comités d’action…

Cette intervention de Jean-Pierre Fourcade, les vignerons la considèrent comme « une provocation de plus ». Vers 13 h 30, un convoi de C.R.S., envoyé de Toulouse pour renforcer les effectifs de Narbonne, force le barrage de pneus enflammés des viticulteurs. Il essuie quelques chevrotines. A 14 heures, les vignerons, à l’aide d’une pelleteuse, tentent de couper la voie de chemin de fer Narbonne Carcassonne, en soulevant les rails. Deux compagnies de C.R.S. (cinq cents hommes), dont la C.R.S. 26 de Toulouse, commandée par Joël Le Goff, interviennent à coups de grenades lacrymogènes. Les manifestants ripostent en ouvrant le feu ; les C.R.S. répliquent : tirs de mousqueton, rafales de pistolet mitrailleur. Bilan : le commandant Joël Le Goff, quarante-deux ans, le viticulteur Emile Poytes, cinquante ans, abattus ; trois officiers, vingt-deux gradés et gardiens blessés côté C.R.S. ; dix vignerons touchés.

La « provocation » de Fourcade Déjà plane l’ombre d’Aléria [trois gendarmes tués en 1975]. Déjà les viticulteurs dressent un barrage sur cette nationale 113 qui, de Narbonne à Carcassonne, est la véritable artère de l’Aude. Les viticulteurs se regroupent à Montredon. A 13 heures, c’est sacré, les manifestants cassent la croûte et écoutent la radio. Ils entendent les déclarations de Jean-Pierre Fourcade : « Il faudra mettre rapidement sous les verrous ces émeutiers […] On ne parle pas de revendications lorsqu’on fait sauter des perceptions. » Et le ministre des Finances, qui décidément n’en rate pas une, de préciser : « Ces émeutiers ne peuvent être des représentants des viticulteurs. » Que n’est-il allé se renseigner sur place ? Il y aurait vu des maires modérés, des notables empâtés, des viticulteurs au bord du troisième âge, aussi acharnés que les jeunes Occitans et les militants des comités d’action… Cette intervention de Jean-Pierre Fourcade, les vignerons la considèrent comme « une provocation de plus ». Vers 13 h 30, un convoi de C.R.S., envoyé de Toulouse pour renforcer les effectifs de Narbonne, force le barrage de pneus enflammés des viticulteurs. Il essuie quelques chevrotines. A 14 heures, les vignerons, à l’aide d’une pelleteuse, tentent de couper la voie de chemin de fer Narbonne Carcassonne, en soulevant les rails. Deux compagnies de C.R.S. (cinq cents hommes), dont la C.R.S. 26 de Toulouse, commandée par Joël Le Goff, interviennent à coups de grenades lacrymogènes. Les manifestants ripostent en ouvrant le feu ; les C.R.S. répliquent : tirs de mousqueton, rafales de pistolet mitrailleur. Bilan : le commandant Joël Le Goff, quarante-deux ans, le viticulteur Emile Poytes, cinquante ans, abattus ; trois officiers, vingt-deux gradés et gardiens blessés côté C.R.S. ; dix vignerons touchés.

«Le Midi en feu» : deux morts lors de la révolte des viticulteurs, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2026... Le conflit allait provoquer un mort de chaque côté et des dizaines de blessés le 4 mars 1976. #archivesObs

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"Tout est fait pour dégoûter les Français de circuler autrement qu’en voiture." Tués en 1974: 580 cyclistes, 2.250 cyclomotoristes (utilisateurs d’engin d’une cylindrée inférieure à 50 cm3), 250 vélomotoristes (50 à 125 cm3), 580 motocyclistes (supérieure à 125 cm3). #archivesObs

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"Le 19 février, l’assassinat de Philippe étant connu, deux autres enfants sont morts à Chantilly, de froid. En a-t-on fait une histoire? Le crime social ne paie pas, peut-être parce que nous nous en sentons tous un peu responsables…" #archivesObs

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« Demain ça pourrait être mon fils » : le fantasme d’une explosion du crime, il y a 50 ans dans « le Nouvel Obs » Faits divers à la une, recrudescence de hold-up, tout se mélangeait pour faire croire, avec l’aide du ministre de l’Intérieur Poniatowski et de certains journaux, que la criminalité violente augmentai...

«Demain ça pourrait être mon fils»: le fantasme d’une explosion du crime, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2026... "Les Français ont peur. Peur de la rue, peur de l’ombre, peur de l’Autre, du jeune, du basané, de celui qui ne leur ressemble pas." #archivesObs

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« Le mariage est-il en faillite ? » : une question déjà dans le @nouvelobs.com il y a 50 ans www.nouvelobs.com/societe/2026... "Si le mariage, montagne sacrée qui nous vient du paléolithique, était vraiment en pleine érosion?" #archivesObs

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«Si les CRS arrivent, on flingue»: la colère des viticulteurs des Corbières, il y a 50 ans dans le Nouvel Obs: et deux mois après, il y eut deux morts. #archivesObs

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"A la tête d’une bande de musiciens, baladins de l’âge moderne, Bob Dylan a planté son chapiteau de ville en ville en refusant la publicité et en n’annonçant sa visite que quelques jours avant." (in Le Nouvel Observateur, 12 janvier 1975) #archivesObs

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"Pour neutraliser symboliquement l’angoisse du futur, la meilleure ruse consiste à inventer un rituel de l’Apocalypse." Du Moyen Age aux angoisses des années 1970, les prédictions de fin du monde sont éternelles, jugeait Catherine David en décembre 1975 dans le @nouvelobs.com #archivesObs

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« La fête païenne », article de François-Henri de Virieu dans « le Nouvel Observateur » n° 581, le lundi 29 décembre 1975. (vue partielle)

« La fête païenne », article de François-Henri de Virieu dans « le Nouvel Observateur » n° 581, le lundi 29 décembre 1975. (vue partielle)

Le ski d’abord. Ce sport, merveilleux mais coûteux, reste réservé à une minorité privilégiée, sauf si l’on a la chance de résider près des montagnes. Il est vrai que sept cent mille Français sont partis cette année en direction des stations de ski. Et il est vrai que c’est un record un peu inattendu, dans la mesure où les stations affichent cette année des prix supérieurs de 15 à 20 % à ceux de l’an dernier. Sept cent mille skieurs, c’est beaucoup par rapport aux six cent mille de l’an dernier. Mais cela ne représente jamais qu’un Français sur soixante-quinze. Et ce progrès, pour substantiel qu’il soit, prouve simplement que la crise ne touche pas tous les Français de la même façon, et qu’apparemment elle ne prend pas à la gorge les catégories sociales qui fréquentent les stations de ski, c’est-à-dire les catégories aisées. Car la sélection par l’argent est encore plus forte l’hiver qu’à l’occasion des vacances d’été.

Le ski d’abord. Ce sport, merveilleux mais coûteux, reste réservé à une minorité privilégiée, sauf si l’on a la chance de résider près des montagnes. Il est vrai que sept cent mille Français sont partis cette année en direction des stations de ski. Et il est vrai que c’est un record un peu inattendu, dans la mesure où les stations affichent cette année des prix supérieurs de 15 à 20 % à ceux de l’an dernier. Sept cent mille skieurs, c’est beaucoup par rapport aux six cent mille de l’an dernier. Mais cela ne représente jamais qu’un Français sur soixante-quinze. Et ce progrès, pour substantiel qu’il soit, prouve simplement que la crise ne touche pas tous les Français de la même façon, et qu’apparemment elle ne prend pas à la gorge les catégories sociales qui fréquentent les stations de ski, c’est-à-dire les catégories aisées. Car la sélection par l’argent est encore plus forte l’hiver qu’à l’occasion des vacances d’été.

«“Les Français dépensent plus que jamais pour Noël”… Mais quels Français?»: il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/social/20251... Mais de quelles classes sociales privilégiées parle-t-on? En 1975, François-Henri de Virieu rappelait la persistance des inégalités #archivesObs

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Publicité IBM dans Le Nouvel Observateur n° 582, lundi 5 janvier 1976:

Le lait... peut-être une denrée rare, lorsqu'à leur tour, ils auront des enfants
(texte en gras en bas de la page, sous une grande photo montrant quatre enfants attablés devant des verres de lait et des tartines dans des assiettes, sur une nappe à carreaux)

Cinq milliards d'êtres humains à la surface du globe ! Telles sont les estimations pour 1985.
C'est pourquoi, de par le monde, nombreux sont ceux qui, avec l'aide de l'ordinateur, s'efforcent d'accroître la production des vaches laitières et de mettre au point des aliments toujours plus nutritifs, à des coûts sans cesse réduits.
Les ordinateurs ne peuvent pas, seuls, préparer l'avenir. 
Mais les hommes qui les utilisent peuvent contribuer à trouver des solutions pour rendre la vie meilleure...
La nôtre et celle de nos enfants.
(texte dans la partie droite de la page, sur le côté de la photo)

Publicité IBM dans Le Nouvel Observateur n° 582, lundi 5 janvier 1976: Le lait... peut-être une denrée rare, lorsqu'à leur tour, ils auront des enfants (texte en gras en bas de la page, sous une grande photo montrant quatre enfants attablés devant des verres de lait et des tartines dans des assiettes, sur une nappe à carreaux) Cinq milliards d'êtres humains à la surface du globe ! Telles sont les estimations pour 1985. C'est pourquoi, de par le monde, nombreux sont ceux qui, avec l'aide de l'ordinateur, s'efforcent d'accroître la production des vaches laitières et de mettre au point des aliments toujours plus nutritifs, à des coûts sans cesse réduits. Les ordinateurs ne peuvent pas, seuls, préparer l'avenir. Mais les hommes qui les utilisent peuvent contribuer à trouver des solutions pour rendre la vie meilleure... La nôtre et celle de nos enfants. (texte dans la partie droite de la page, sur le côté de la photo)

L'informatique en renfort de la production laitière: "Les ordinateurs ne peuvent pas, seuls, préparer l'avenir. Mais les hommes qui les utilisent peuvent contribuer à trouver des solutions pour rendre la vie meilleure..." Publicité IBM en 1976. #archivesObs

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Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre de l’Economie et des Finances, à la chasse près de Moscou, à Podmoskovye le 26 janvier 1964, lors d’un voyage officiel

Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre de l’Economie et des Finances, à la chasse près de Moscou, à Podmoskovye le 26 janvier 1964, lors d’un voyage officiel

« Marly-le-Président », article de François-Henri de Virieu dans « le Nouvel Observateur » n° 579, lundi 15 décembre 1975

« Marly-le-Président », article de François-Henri de Virieu dans « le Nouvel Observateur » n° 579, lundi 15 décembre 1975

Hélas, ne va pas au peuple qui veut. Avant même que le champion de la société libérale avancée n’ait mis les pieds dans le pavillon de chasse refait à neuf, de zélés courtisans avaient entrepris de tendre tout autour dudit pavillon un robuste grillage d’une demi-lieue de long et de six pieds de haut. Pas de quoi arrêter Ravaillac mais suffisant pour que le chef de l’Etat soit préservé du contact avec les dangereux cueilleurs de champignons, les maniaques du footing et les enfants des écoles. Aucun président de la République, jamais, n’avait fait clore cette zone si proche du village.

Hélas, ne va pas au peuple qui veut. Avant même que le champion de la société libérale avancée n’ait mis les pieds dans le pavillon de chasse refait à neuf, de zélés courtisans avaient entrepris de tendre tout autour dudit pavillon un robuste grillage d’une demi-lieue de long et de six pieds de haut. Pas de quoi arrêter Ravaillac mais suffisant pour que le chef de l’Etat soit préservé du contact avec les dangereux cueilleurs de champignons, les maniaques du footing et les enfants des écoles. Aucun président de la République, jamais, n’avait fait clore cette zone si proche du village.

Les chasses très féodales de Giscard à Marly-le-Roi, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/politique/20... "Tant de monarques sont venus se divertir à Marly en usant et en abusant du vieux privilège royal que l’on y a pris l’habitude de faire des comparaisons." #archivesObs

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La mort de Franco en 1975: "En ce qui me concerne, la nouvelle arrive aussi trop tard: un peu comme l’acceptation d’une proposition amoureuse longtemps après qu’elle a été faite, quand son auteur, fatigué de l’attendre, a organisé sa vie comme il peut en fonction de quelqu’un d’autre." #archivesObs

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Article "Cancer: le choix des armes" de Michel Bosquet (alias André Gorz), dans le Nouvel Observateur n° 577, lundi 1er décembre 1975, vue partielle

Article "Cancer: le choix des armes" de Michel Bosquet (alias André Gorz), dans le Nouvel Observateur n° 577, lundi 1er décembre 1975, vue partielle

L’affaire est donc réglée ? Tout au contraire : c’est maintenant que le problème de l’amiante va être posé dans toute son ampleur, car le flocage mou d’amiante a été appliqué sur des centaines ou des milliers de bâtiments, tels que des H.L.M., des tours de bureaux, l’aérogare d’Orly, de grands magasins, des bibliothèques, des hôpitaux, des prisons, des écoles, des marchés couverts, des gares, etc. Dans combien de ces bâtiments une pluie invisible d’amiante vient-elle empoussiérer les poumons des usagers ? Combien de milliers d’ouvriers ont-ils été exposés sans précautions, pendant des mois et des années, à la poussière d’amiante, sur des chantiers du bâtiment, des chantiers navals, dans des usines métallurgiques, textiles, etc. ? Combien de milliers de morts prématurées, d’invalidités, de souffrances, et combien de milliards de dépenses de « sécurité sociale » l’incurie des industriels entraînera-t-elle, qui, en une dizaine d’années, ont fait passer la consommation mondiale d’amiante de 50 tonnes à 3,5 millions de tonnes ?

L’affaire est donc réglée ? Tout au contraire : c’est maintenant que le problème de l’amiante va être posé dans toute son ampleur, car le flocage mou d’amiante a été appliqué sur des centaines ou des milliers de bâtiments, tels que des H.L.M., des tours de bureaux, l’aérogare d’Orly, de grands magasins, des bibliothèques, des hôpitaux, des prisons, des écoles, des marchés couverts, des gares, etc. Dans combien de ces bâtiments une pluie invisible d’amiante vient-elle empoussiérer les poumons des usagers ? Combien de milliers d’ouvriers ont-ils été exposés sans précautions, pendant des mois et des années, à la poussière d’amiante, sur des chantiers du bâtiment, des chantiers navals, dans des usines métallurgiques, textiles, etc. ? Combien de milliers de morts prématurées, d’invalidités, de souffrances, et combien de milliards de dépenses de « sécurité sociale » l’incurie des industriels entraînera-t-elle, qui, en une dizaine d’années, ont fait passer la consommation mondiale d’amiante de 50 tonnes à 3,5 millions de tonnes ?

L’amiante à Jussieu, «risque nul» de cancer? Le début d’un scandale sanitaire, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... En décembre 1975, André Gorz (sous son pseudo de Michel Bosquet) a exposé dans notre hebdomadaire l’affaire de la fac de Jussieu. #archivesObs

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 Stupéfaits, les patrons ont de quoi l’être. Ils se sentaient à peu près intouchables. Le Syndicat de la Magistrature, cette organisation « gauchiste » que dénoncent « Minute » et Yvon Chotard, remarquait que, selon les statistiques officielles du ministère du Travail, les 448 562 infractions constatées en 1972 n’ont entraîné que 12 427 condamnations, soit 2,77 %. Encore ces condamnations sont-elles ridiculement faibles. Il s’agit, dans la presque totalité des cas, d’amendes de l’ordre de 500 à 1 000 francs [équivalant à une fourchette de 410 à 820 euros en 2024]. Comme le dit un responsable de la Fédération CGT de la Métallurgie, « il est bien moins coûteux de payer l’amende que d’installer une protection sur une machine ».

Jusqu’alors, la justice était très clémente envers les chefs d’entreprise. Le 18 mars 1973, accident sur le chantier d’Hérouville-Saint-Clair : cinq ouvriers sont tués, deux blessés ; tous portugais. Le 14 novembre 1975, soit plus de deux ans et demi après, le directeur du chantier et son chef d’équipe sont condamnés pour homicides et blessures involontaires : un mois de prison avec sursis. Encore n’ont-ils pas eu de chance. Car, presque toujours, on ne trouve aucun responsable aux quelque dix décès quotidiens dus aux accidents du travail.

Stupéfaits, les patrons ont de quoi l’être. Ils se sentaient à peu près intouchables. Le Syndicat de la Magistrature, cette organisation « gauchiste » que dénoncent « Minute » et Yvon Chotard, remarquait que, selon les statistiques officielles du ministère du Travail, les 448 562 infractions constatées en 1972 n’ont entraîné que 12 427 condamnations, soit 2,77 %. Encore ces condamnations sont-elles ridiculement faibles. Il s’agit, dans la presque totalité des cas, d’amendes de l’ordre de 500 à 1 000 francs [équivalant à une fourchette de 410 à 820 euros en 2024]. Comme le dit un responsable de la Fédération CGT de la Métallurgie, « il est bien moins coûteux de payer l’amende que d’installer une protection sur une machine ». Jusqu’alors, la justice était très clémente envers les chefs d’entreprise. Le 18 mars 1973, accident sur le chantier d’Hérouville-Saint-Clair : cinq ouvriers sont tués, deux blessés ; tous portugais. Le 14 novembre 1975, soit plus de deux ans et demi après, le directeur du chantier et son chef d’équipe sont condamnés pour homicides et blessures involontaires : un mois de prison avec sursis. Encore n’ont-ils pas eu de chance. Car, presque toujours, on ne trouve aucun responsable aux quelque dix décès quotidiens dus aux accidents du travail.

« Un patron peut-il être coupable ? », un article de Lucien Rioux dans « le Nouvel Observateur » n° 577 du lundi 1ᵉʳ décembre 1975.

« Un patron peut-il être coupable ? », un article de Lucien Rioux dans « le Nouvel Observateur » n° 577 du lundi 1ᵉʳ décembre 1975.

Patrons en prison après des accidents du travail: colère de la droite et du patronat, il y a 50 ans dans le Nouvel Obs www.nouvelobs.com/justice/2025... Ces "juges rouges" qui osent mettre en prison pour des peccadilles, comme de l'écho avec Sarkozy dans une certaine presse... #archivesObs

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"Un cadre aux rayons X", article de Gérard Petitjean dans le Nouvel Observateur n° 575, lundi 17 novembre 1975

"Un cadre aux rayons X", article de Gérard Petitjean dans le Nouvel Observateur n° 575, lundi 17 novembre 1975

 La chasse à l’oiseau rare

Mauvais signe aussi, la période de chômage qui dépasse sept ou huit mois. « La France est un pays où, jusqu’à présent, les cadres ne chômaient pas. Jusqu’en 1973, un cadre au chômage était un cadre incompétent. Tous les ans, par scrupule, j’en recevais deux ou trois pour vérifier, toujours en vain. Mais, depuis quelques mois, c’est vrai, on trouve, outre les “peterisés”, quelques cadres de bonne valeur sans emploi ». Sans plus, si l’on se fie au dire de Claude N. L’an dernier, il y avait crise dans les travaux publics et de nombreux cadres avaient été licenciés. Mais Claude N. affirme n’avoir pu finalement sélectionner, pour une offre dans cette branche, qu’un homme qui travaillait déjà et qui désirait simplement changer d’entreprise.

La chasse à l’oiseau rare commence, fort classiquement, par une petite annonce. Claude N. me montre ses dossiers : cent vingt réponses pour un poste de directeur commercial. Un premier élagage réduit le nombre des candidats à une quinzaine : tantôt, c’est la qualification qui ne convient pas, tantôt c’est l’âge. Les rescapés, il faudra tous les voir, un à un. Et une dizaine seront testés à fond. Au bout du processus, on laisse généralement le choix à l’employeur entre deux candidats dont on a soigneusement décrit le profil psychologique. Et là, tout dépend du patron : le meilleur n’est pas toujours embauché. Claude N. a eu pendant des années un client qui, entre deux cadres supérieurs, choisissait systématiquement le plus médiocre : « Il avait peur que ses subordonnés ne lui fassent de l’ombre. Et quand, par hasard, il était obligé d’engager quelqu’un de valeur, il s’empressait d’embaucher le plus vite possible un autre type de même gabarit qu’il mettait dans le même bocal : ils se neutralisaient ainsi mutuellement. »

La chasse à l’oiseau rare Mauvais signe aussi, la période de chômage qui dépasse sept ou huit mois. « La France est un pays où, jusqu’à présent, les cadres ne chômaient pas. Jusqu’en 1973, un cadre au chômage était un cadre incompétent. Tous les ans, par scrupule, j’en recevais deux ou trois pour vérifier, toujours en vain. Mais, depuis quelques mois, c’est vrai, on trouve, outre les “peterisés”, quelques cadres de bonne valeur sans emploi ». Sans plus, si l’on se fie au dire de Claude N. L’an dernier, il y avait crise dans les travaux publics et de nombreux cadres avaient été licenciés. Mais Claude N. affirme n’avoir pu finalement sélectionner, pour une offre dans cette branche, qu’un homme qui travaillait déjà et qui désirait simplement changer d’entreprise. La chasse à l’oiseau rare commence, fort classiquement, par une petite annonce. Claude N. me montre ses dossiers : cent vingt réponses pour un poste de directeur commercial. Un premier élagage réduit le nombre des candidats à une quinzaine : tantôt, c’est la qualification qui ne convient pas, tantôt c’est l’âge. Les rescapés, il faudra tous les voir, un à un. Et une dizaine seront testés à fond. Au bout du processus, on laisse généralement le choix à l’employeur entre deux candidats dont on a soigneusement décrit le profil psychologique. Et là, tout dépend du patron : le meilleur n’est pas toujours embauché. Claude N. a eu pendant des années un client qui, entre deux cadres supérieurs, choisissait systématiquement le plus médiocre : « Il avait peur que ses subordonnés ne lui fassent de l’ombre. Et quand, par hasard, il était obligé d’engager quelqu’un de valeur, il s’empressait d’embaucher le plus vite possible un autre type de même gabarit qu’il mettait dans le même bocal : ils se neutralisaient ainsi mutuellement. »

«Un trou dans un CV, c’est un risque»: le recrutement des cadres aux rayons X, il y a 50 ans dans le Nouvel Obs www.nouvelobs.com/societe/2025... "C’est énorme ce que l’on peut apprendre en retraçant le profil de carrière d’un individu." #archivesObs

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En une de  « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, au sommaire: 
Importance et avenir de la « science fiction »
Par Louis Capace (pseudonyme de Michel Pilotin)

En une de « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, au sommaire: Importance et avenir de la « science fiction » Par Louis Capace (pseudonyme de Michel Pilotin)

Dans « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, page 20:
Importance et avenir de la « science fiction »
Par Louis Capace

Dans « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, page 20: Importance et avenir de la « science fiction » Par Louis Capace

Dans « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, page 21 (sur deux colonnes):
Importance et avenir de la « science fiction »
Par Louis Capace

Dans « l’Observateur » n° 80 du jeudi 22 novembre 1951, page 21 (sur deux colonnes): Importance et avenir de la « science fiction » Par Louis Capace

Le 22 novembre 1951, L'Observateur parlait de science-fiction:
"La «S. F.» joint à un comble d’échappée dans le temps et dans l’espace les mérites d’une signification souvent immédiate et des hypothèses qui ne sont pas toujours catastrophiques."
(Louis Capace, pseudo de Michel Pilotin) #archivesObs

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Débrouille et embrouilles: la vie d’un musicien de métro, il y a 50 ans dans le Nouvel Obs #archivesObs "Le soir tous les clans se retrouvent dans un café de Saint-Michel au Mazet. On compte l’argent en alignant les pièces en tas. Ceux qui ont fait la plus grosse recette paient à boire aux copains"

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« Oh ! Kate... », article de Jean-Francis Held dans « le Nouvel Observateur » n ° 574, le lundi 10 novembre 1975

« Oh ! Kate... », article de Jean-Francis Held dans « le Nouvel Observateur » n ° 574, le lundi 10 novembre 1975

 Etrange figure de militante, dont on voudrait croire qu’elle marche sans un regard en arrière, vers des matins lumineux. Lénine, en octobre, dissertant sur sa libido déchirée entre Kroupskaïa et les sémillants derrières des petits marins de Kronstadt. Mao, pendant la Longue Marche, se griffant la poitrine en ressassant ses angoisses subjectives et les tracasseries des camarades du Comité. Pas possible ! Un temps pour l’action, un autre pour les plongeons dans l’en-soi !

Kate Millett n’est pas embarrassée pour autant. Peu angoissée de ses angoisses formulées. C’est qu’à la sortie de « la Politique du mâle », littéralement, on l’a éclatée. Après le choc, il fallait qu’elle se recompose, par une opération magique. D’un coup, elle a été bombardée hors de son petit cercle d’amis initiés et de sculpteurs, pour devenir personnalité publique. Quelle personnalité, et de quel public ! « Time Magazine », en particulier, en a brossé une effarante caricature qui lui colle encore à la peau. La lesbienne cynique, la salope débauchée. « Reconnue comme gouine par des milliers de personnes dans la salle d’attente de leur dentiste. » L’article, dit Kate, « a éparpillé la merde à tous les vents ». Insultes et caricatures. La télévision réduit l’écrivain, la militante, en spectacle. Elle la castre politiquement, pour empêcher la circulation des idées subversives. Kate tient tête. Elle engueule les mass media, elle ne se suicide pas comme Marilyn, pour faire une fin conforme à la morale américaine. Plus question d’enseigner à l’université. Il y a de quoi frémir, se demander à qui diable on ressemble, et avoir envie de remettre bout à bout les petits morceaux de son moi émietté par la moulinette américaine. Moulinette mâle, et politique.

Etrange figure de militante, dont on voudrait croire qu’elle marche sans un regard en arrière, vers des matins lumineux. Lénine, en octobre, dissertant sur sa libido déchirée entre Kroupskaïa et les sémillants derrières des petits marins de Kronstadt. Mao, pendant la Longue Marche, se griffant la poitrine en ressassant ses angoisses subjectives et les tracasseries des camarades du Comité. Pas possible ! Un temps pour l’action, un autre pour les plongeons dans l’en-soi ! Kate Millett n’est pas embarrassée pour autant. Peu angoissée de ses angoisses formulées. C’est qu’à la sortie de « la Politique du mâle », littéralement, on l’a éclatée. Après le choc, il fallait qu’elle se recompose, par une opération magique. D’un coup, elle a été bombardée hors de son petit cercle d’amis initiés et de sculpteurs, pour devenir personnalité publique. Quelle personnalité, et de quel public ! « Time Magazine », en particulier, en a brossé une effarante caricature qui lui colle encore à la peau. La lesbienne cynique, la salope débauchée. « Reconnue comme gouine par des milliers de personnes dans la salle d’attente de leur dentiste. » L’article, dit Kate, « a éparpillé la merde à tous les vents ». Insultes et caricatures. La télévision réduit l’écrivain, la militante, en spectacle. Elle la castre politiquement, pour empêcher la circulation des idées subversives. Kate tient tête. Elle engueule les mass media, elle ne se suicide pas comme Marilyn, pour faire une fin conforme à la morale américaine. Plus question d’enseigner à l’université. Il y a de quoi frémir, se demander à qui diable on ressemble, et avoir envie de remettre bout à bout les petits morceaux de son moi émietté par la moulinette américaine. Moulinette mâle, et politique.

Kate Millett : une rencontre avec la féministe qui déjouait les clichés, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... Une rencontre non sans clichés et male gaze, mais c'est une époque... #archivesObs

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« Consommez le “Bouillon” », un article de Thomas Blindey paru dans « le Nouvel Observateur » n° 571 du lundi 20 octobre 1975.

« Consommez le “Bouillon” », un article de Thomas Blindey paru dans « le Nouvel Observateur » n° 571 du lundi 20 octobre 1975.

 Monsieur René se souvient : « Ah ! quand le Comptoir d’Escompte lâchait tout ça dans la nature pour le déjeuner… C’était plus varié. On travaillait avec les uns, on mangeait avec les autres. Et puis, après la guerre, il y a eu les cantines. » Les cantines, créées par les Allemands pendant la guerre. Et aujourd’hui il y a les « libres ».

Monsieur René n’aime pas trop les « libres », comme il nomme les libres-services. « C’est froid, mon bon monsieur ! Je donne le pain et ils le vendent ! On n’y trouve pas des pommes sautées ou des blanquettes ! Et les merlans ! Ils ne savent pas même dresser un merlan ! (2) »

Monsieur René se méfie des restaurants chics, où l’on vous fait payer « le tralala » : « Je regarde dans mon assiette et je connais la viande : j’étais boucher il y a trente ans. Eh bien, je vois qu’il y a vingt grammes de plus que chez Chartier mais qu’on paie trois fois plus, ou quatre. »

Il faut essayer de mettre à l’épreuve cette belle assurance. Nous allons nous asseoir avec une tablée. Une très vieille dame, tout en noir comme autrefois, un représentant de commerce pied-noir, un pasteur méthodiste et sa femme. Chartier présente ce rare avantage : on y rencontre des gens normaux.

Nous commandons d’abondance. Un museau de bœuf à 2,50 F, une carotte et un jambon du Tarn, une cervelle et une tranche de foie.

Monsieur René se souvient : « Ah ! quand le Comptoir d’Escompte lâchait tout ça dans la nature pour le déjeuner… C’était plus varié. On travaillait avec les uns, on mangeait avec les autres. Et puis, après la guerre, il y a eu les cantines. » Les cantines, créées par les Allemands pendant la guerre. Et aujourd’hui il y a les « libres ». Monsieur René n’aime pas trop les « libres », comme il nomme les libres-services. « C’est froid, mon bon monsieur ! Je donne le pain et ils le vendent ! On n’y trouve pas des pommes sautées ou des blanquettes ! Et les merlans ! Ils ne savent pas même dresser un merlan ! (2) » Monsieur René se méfie des restaurants chics, où l’on vous fait payer « le tralala » : « Je regarde dans mon assiette et je connais la viande : j’étais boucher il y a trente ans. Eh bien, je vois qu’il y a vingt grammes de plus que chez Chartier mais qu’on paie trois fois plus, ou quatre. » Il faut essayer de mettre à l’épreuve cette belle assurance. Nous allons nous asseoir avec une tablée. Une très vieille dame, tout en noir comme autrefois, un représentant de commerce pied-noir, un pasteur méthodiste et sa femme. Chartier présente ce rare avantage : on y rencontre des gens normaux. Nous commandons d’abondance. Un museau de bœuf à 2,50 F, une carotte et un jambon du Tarn, une cervelle et une tranche de foie.

"Consommé : 1,30 F, pâté de campagne : 1,80 F, poulet rôti pommes frites : 5 F, steak au poivre : 6,50 F." Chez Chartier, bouillon à 4 000 clients par jour, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... #archivesObs

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« Six mois sur le trottoir », article de Gérard Petitjean dans « le Nouvel Observateur » n ° 570, lundi 13 octobre 1975

« Six mois sur le trottoir », article de Gérard Petitjean dans « le Nouvel Observateur » n ° 570, lundi 13 octobre 1975

 Et c’est effrayant, l’inconnu. Ce n’est pas drôle tous les jours, d’être aubergine, Il y a les insultes. « C’est permanent. A tel point que dès qu’un inconnu s’apprêtait à m’adresser la parole, j’étais déjà recroquevillée, prête à agresser à mon tour. Si, par hasard, il me disait quelque chose de gentil, les bras m’en tombaient. » Les gracieusetés les plus courantes sont du genre : « Salope, S.S., pute à flic, t’as eu ton uniforme avec ton cul… » « Pas très courageux. En général, ils allaient de l’autre côté de la rue avant de commencer à nous injurier. »

Pour regonfler le moral de ces vestales du parcmètre, de ces fantassins du stationnement tarifé, toutes sont convoquées au poste Beaubourg trois fois par semaine. Au programme : liste des voitures volées, avertissement à une malheureuse, surprise, en uniforme, en train d’embrasser son petit ami sur les quais de la Seine, et aussi lecture des jugements rendus à la suite d’insultes ou d’agressions physiques, beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense. « Une de mes collègues a eu un traumatisme crânien à la suite d’une altercation avec un automobiliste qui était en stationnement interdit. Une autre a été la victime d’une femme qui lui a fait une prise de judo. Une autre encore a été défigurée par deux prostituées » (aubergines et prostituées ne peuvent pas se sentir). Dans certains quartiers chauds, les aubergines ne circulent que par deux.

Et c’est effrayant, l’inconnu. Ce n’est pas drôle tous les jours, d’être aubergine, Il y a les insultes. « C’est permanent. A tel point que dès qu’un inconnu s’apprêtait à m’adresser la parole, j’étais déjà recroquevillée, prête à agresser à mon tour. Si, par hasard, il me disait quelque chose de gentil, les bras m’en tombaient. » Les gracieusetés les plus courantes sont du genre : « Salope, S.S., pute à flic, t’as eu ton uniforme avec ton cul… » « Pas très courageux. En général, ils allaient de l’autre côté de la rue avant de commencer à nous injurier. » Pour regonfler le moral de ces vestales du parcmètre, de ces fantassins du stationnement tarifé, toutes sont convoquées au poste Beaubourg trois fois par semaine. Au programme : liste des voitures volées, avertissement à une malheureuse, surprise, en uniforme, en train d’embrasser son petit ami sur les quais de la Seine, et aussi lecture des jugements rendus à la suite d’insultes ou d’agressions physiques, beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense. « Une de mes collègues a eu un traumatisme crânien à la suite d’une altercation avec un automobiliste qui était en stationnement interdit. Une autre a été la victime d’une femme qui lui a fait une prise de judo. Une autre encore a été défigurée par deux prostituées » (aubergines et prostituées ne peuvent pas se sentir). Dans certains quartiers chauds, les aubergines ne circulent que par deux.

« Six mois sur le trottoir » : quand Dominique Lavanant était "aubergine", il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... Dominique Lavanant a ensuite fait un one woman show dans lequel elle évoquait, en partie, sa vie et ses angoisses d’aubergine. #archivesObs

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« Quand la jeunesse “remet ça” », un article d’Hervé Chabalier (enquête de Patrice Lestrohan et François Cérésa) paru dans « le Nouvel Observateur » du 6 octobre 1975.

« Quand la jeunesse “remet ça” », un article d’Hervé Chabalier (enquête de Patrice Lestrohan et François Cérésa) paru dans « le Nouvel Observateur » du 6 octobre 1975.

 « Vous êtes malade ? »

Le docteur Gérard Vachonfrance, psychiatre et alcoologue à l’hôpital de Beaumont-sur-Oise, est formel : « Il y a dix ans, les alcooliques que je voyais avaient tous plus de 40 ans ; aujourd’hui, je soigne aussi des moins de 25 ans. » Tous les éducateurs, psychologues, médecins rencontrés au cours de cette enquête l’ont confirmé : l’aversion de la jeunesse pour l’alcool, drogue du père, symbole d’une société et d’une vie que l’on refuse, s’estompe. James Dean et ses bouteilles de lait, Coca-Cola et la « joie de vivre » : terriblement vieillot, dépassé. Trente pour cent des jeunes âgés de 18 à 24 ans boivent de la bière, 47 % du vin, 29 % des apéritifs et 14 % des liqueurs, affirme une étude de l’Institut de Recherche économique sur les Boissons (Ireb), émanation des grands alcooliers. Au service « alcooliques dangereux », le docteur Mickiewicz constate depuis 1970 un très net rajeunissement de ses patients.

Dans le public, qui s’en aperçoit ? L’alcool consommé par les jeunes c’est une petite goutte qui se perd, se noie, se dissout, anonyme, dans cette nappe d’alcoolisation qui recouvre la France. Il existe dans ce pays une telle intégration de l’alcool… Le bon vivant boit. Refuser un apéritif, un whisky frise l’incongruité, suscite des questions : « Vous êtes malade ?…» Avez-vous remarqué l’air penaud, gêné, presque coupable, du consommateur de jus de fruit invité à trinquer ? Sobriété devient synonyme de tristesse, de pessimisme, d’associabilité : « Allez, un petit coup n’a jamais fait de mal, au contraire… » Ah, les fameuses vertus médicinales de l’alcool !

« Vous êtes malade ? » Le docteur Gérard Vachonfrance, psychiatre et alcoologue à l’hôpital de Beaumont-sur-Oise, est formel : « Il y a dix ans, les alcooliques que je voyais avaient tous plus de 40 ans ; aujourd’hui, je soigne aussi des moins de 25 ans. » Tous les éducateurs, psychologues, médecins rencontrés au cours de cette enquête l’ont confirmé : l’aversion de la jeunesse pour l’alcool, drogue du père, symbole d’une société et d’une vie que l’on refuse, s’estompe. James Dean et ses bouteilles de lait, Coca-Cola et la « joie de vivre » : terriblement vieillot, dépassé. Trente pour cent des jeunes âgés de 18 à 24 ans boivent de la bière, 47 % du vin, 29 % des apéritifs et 14 % des liqueurs, affirme une étude de l’Institut de Recherche économique sur les Boissons (Ireb), émanation des grands alcooliers. Au service « alcooliques dangereux », le docteur Mickiewicz constate depuis 1970 un très net rajeunissement de ses patients. Dans le public, qui s’en aperçoit ? L’alcool consommé par les jeunes c’est une petite goutte qui se perd, se noie, se dissout, anonyme, dans cette nappe d’alcoolisation qui recouvre la France. Il existe dans ce pays une telle intégration de l’alcool… Le bon vivant boit. Refuser un apéritif, un whisky frise l’incongruité, suscite des questions : « Vous êtes malade ?…» Avez-vous remarqué l’air penaud, gêné, presque coupable, du consommateur de jus de fruit invité à trinquer ? Sobriété devient synonyme de tristesse, de pessimisme, d’associabilité : « Allez, un petit coup n’a jamais fait de mal, au contraire… » Ah, les fameuses vertus médicinales de l’alcool !

"Beaucoup ont abandonné la drogue pour la boisson": quand les jeunes se défonçaient à l’alcool, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... Les jeunes étaient en train de revenir à la bonne vieille "drogue de papa". #archivesObs

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« Des petits viols sans importance… », article de Mariella Righini publié dans le Nouvel Observateur n° 568 du lundi 29 septembre 1975. Vue partielle

« Des petits viols sans importance… », article de Mariella Righini publié dans le Nouvel Observateur n° 568 du lundi 29 septembre 1975. Vue partielle

Dès qu’elles se retrouvent seules, les deux filles montent dans la voiture et filent à l’hôpital se faire soigner et subir les tests d’usage. Puis à la gendarmerie, affronter les questions incrédules et les commentaires épais des préposés. D’hôpital en gendarmerie, d’instruction en audience, ce sont elles qui finissent par se retrouver coupables. D’avoir campé dans un endroit isolé. Seules de surcroît, sans gardes du corps. Cela s’appelle de la provocation !

On comprend aisément pourquoi les femmes violées répugnent à en parler. Elles n’ont qu’une envie : oublier au plus vite. De tous les crimes contre les femmes, le viol est le plus perpétré et le moins poursuivi. Un viol sur dix donne lieu à une plainte. Deux sur cent à un procès.

Dès qu’elles se retrouvent seules, les deux filles montent dans la voiture et filent à l’hôpital se faire soigner et subir les tests d’usage. Puis à la gendarmerie, affronter les questions incrédules et les commentaires épais des préposés. D’hôpital en gendarmerie, d’instruction en audience, ce sont elles qui finissent par se retrouver coupables. D’avoir campé dans un endroit isolé. Seules de surcroît, sans gardes du corps. Cela s’appelle de la provocation ! On comprend aisément pourquoi les femmes violées répugnent à en parler. Elles n’ont qu’une envie : oublier au plus vite. De tous les crimes contre les femmes, le viol est le plus perpétré et le moins poursuivi. Un viol sur dix donne lieu à une plainte. Deux sur cent à un procès.

« Des petits viols sans importance » : des victimes déconsidérées, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... Cette affaire débouchera sur le procès d’Aix, où Gisèle Halimi se battra pour la redéfinition du viol. #archivesObs

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« Quinze hommes contre le grand ordinateur », une interview de Bernard Tricot par Olivier Todd dans « le Nouvel Observateur » n° 567 du 22 septembre 1975. « 15 hommes » fait référence au nombre de membres proposés pour l’instance de contrôle à venir – la Cnil, qui sera finalement composée de 18 membres.

« Quinze hommes contre le grand ordinateur », une interview de Bernard Tricot par Olivier Todd dans « le Nouvel Observateur » n° 567 du 22 septembre 1975. « 15 hommes » fait référence au nombre de membres proposés pour l’instance de contrôle à venir – la Cnil, qui sera finalement composée de 18 membres.

Informatique et libertés : "Des risques très graves à long terme", il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... "L’informatique sert plutôt l’alourdissement du contrôle social sur les individus." #archivesObs

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"Sans les plastiques, il y aurait moins de végétaux, moins de minéraux, moins d'animaux sur terre." Publicité en double page dans Le Nouvel Observateur du lundi 6 octobre 1975.

"Sans les plastiques, il y aurait moins de végétaux, moins de minéraux, moins d'animaux sur terre." Publicité en double page dans Le Nouvel Observateur du lundi 6 octobre 1975.

Couverture de L'Obs du 24 mai 2018: "Déplastifions-nous!"

Couverture de L'Obs du 24 mai 2018: "Déplastifions-nous!"

"Sans les plastiques, il y aurait moins de végétaux, moins de minéraux, moins d'animaux sur terre." "Déplastifions-nous!" A gauche, publicité d'octobre 1975 dans le Nouvel Observateur, à droite, couverture de mai 2018 de L'Obs (devenu Le Nouvel Obs depuis mars 2024). #archivesObs

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L’article « Chômeur : le dernier des métiers », dans « le Nouvel Observateur » du 8 septembre 1975, propos recueillis par Guy Sitbon. (vue partielle de l'original)

L’article « Chômeur : le dernier des métiers », dans « le Nouvel Observateur » du 8 septembre 1975, propos recueillis par Guy Sitbon. (vue partielle de l'original)

 – Comment elle le prend ?

– Le matin, je me réveille avec elle à cinq heures et demie, comme si j’allais travailler. Une ou deux fois, j’ai traîné un peu au lit. Elle n’était pas contente, ma femme : “Si tu es chômeur pour tourner fainéant, c’est pas la peine.” Je n’aime pas quand elle dit “chômeur”, ce n’est pas un mot à dire. On s’est disputé un peu. Quand elle veut m’ennuyer, elle dit : chômeur. Elle ne l’a jamais dit devant les enfants. Les enfants, ce n’est pas leur affaire. Elle ne le dit plus maintenant. Quand on est allés en vacances au mois d’août, chez mes parents, dans la Marne, personne ne l’a su que j’avais perdu mon travail. Les gens du village me disaient : “Alors, et le boulot ?” Je répondais : “Toujours la même chose.” A quoi ça sert de parler ? Après, les gens vont penser des choses et mes parents vont s’inquiéter. Déjà qu’ils sont vieux, ça ne sert à rien de leur donner des soucis. Mon père était forgeron, il avait son propre petit atelier, il n’y avait jamais de chômage.
– Vous n’aviez jamais entendu parler du chômage ?

– On en parlait, on disait qu’en 1936 il y avait beaucoup de chômage. Mais pour moi, je ne savais pas ce que c’était.

– Comment elle le prend ? – Le matin, je me réveille avec elle à cinq heures et demie, comme si j’allais travailler. Une ou deux fois, j’ai traîné un peu au lit. Elle n’était pas contente, ma femme : “Si tu es chômeur pour tourner fainéant, c’est pas la peine.” Je n’aime pas quand elle dit “chômeur”, ce n’est pas un mot à dire. On s’est disputé un peu. Quand elle veut m’ennuyer, elle dit : chômeur. Elle ne l’a jamais dit devant les enfants. Les enfants, ce n’est pas leur affaire. Elle ne le dit plus maintenant. Quand on est allés en vacances au mois d’août, chez mes parents, dans la Marne, personne ne l’a su que j’avais perdu mon travail. Les gens du village me disaient : “Alors, et le boulot ?” Je répondais : “Toujours la même chose.” A quoi ça sert de parler ? Après, les gens vont penser des choses et mes parents vont s’inquiéter. Déjà qu’ils sont vieux, ça ne sert à rien de leur donner des soucis. Mon père était forgeron, il avait son propre petit atelier, il n’y avait jamais de chômage. – Vous n’aviez jamais entendu parler du chômage ? – On en parlait, on disait qu’en 1936 il y avait beaucoup de chômage. Mais pour moi, je ne savais pas ce que c’était.

"Chômeur, le dernier des métiers" : un chauffeur-livreur raconte sa situation, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2025... "Un homme ça doit travailler. Ce n’est pas bon quand il ne fait rien. Ça monte à la tête." #archivesObs

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