Ainsi, formulé dans l’incertitude et la confusion, le révolutionnaire jugement de la Cour suprême du New Jersey nous oblige enfin à regarder l’euthanasie en face. Elle était, jusqu’à présent, le seul et unique fait social à propos duquel on ne puisse ni n’ose formuler de lois. Les mieux intentionnés s’accommodaient de cette pudeur : « Impossible de légiférer sur l’euthanasie, a dit le professeur Schwartzenberg, du centre anticancéreux de Villejuif. Il faut la pratiquer mais ne pas la permettre, ne pas en parler. » Trop facile. La société ne peut pas toujours fermer les yeux, ignorer sa main gauche, ou alors c’est la fin et le commencement de tout. L’affaire Quinlan vient à son heure. Sept cent cinquante mille Américains ont déjà signé des formulaires qui autorisent les médecins à « intervenir » sur eux en cas de besoin, et les juristes de quatorze Etats de l’Union préparent des projets de loi dans ce sens. Angoissant. Entre l’euthanasie et l’eugénisme, entre la « bonne mort » et la liquidation des indésirables, il n’y a qu’un pas. D’autres, de sinistre mémoire, l’ont franchi dans le passé. Mais si l’on se préoccupait plus de la souffrance et moins de la contradiction formelle entre la Vie et la Mort, on pourrait peut-être avancer. D’ailleurs, on avance.
« La mort en face », un article de Jean-Francis Held dans « le Nouvel Observateur » n° 597 du samedi 17 avril 1976.
Euthanasie : le cas emblématique de Karen Ann Quinlan, il y a 50 ans dans le @nouvelobs.com www.nouvelobs.com/societe/2026... L’affaire Karen Quinlan, jeune Américaine plongée dans un coma sans retour, a suscité de nombreux débats, rapportait Jean-Francis Held le 17 avril 1976. #archivesObs