Les dix faits marquants des élections à Lyon
L'agglomération lyonnaise s'est réveillée ce matin sous le même nuage de brume et de pollution mêlées qu'à l'accoutumée. Pourtant les grands équilibres politiques locaux ont été bouleversés durant la nuit, ouvrant un nouveau chapitre de la longue histoire héritée des premiers prévôts des marchands puis des échevins de Lyon. Tout Lyon propose de revenir sur les dix faits marquants de la séquence électorale sur le point de s'achever.
1. La Métropole de Lyon change à nouveau de tête
Après Gérard Collomb (PS) son concepteur, David Kimelfeld (apparenté LREM) son défricheur et Bruno Bernard (Les Écologistes) son transformateur, la Métropole de Lyon s'apprête à connaître un quatrième président depuis sa création en 2015. Ou plutôt une nouvelle présidente, la première de sa jeune histoire ; sauf si les forces politiques qui ont désigné Véronique Sarselli (LR) comme tête de liste l'an dernier étaient incapables de s'accorder sur sa candidature ou préféraient désigner un concurrent aux dents longues lors du fameux troisième tour (le conseil d'installation) prévu jeudi 27 mars.
2. La droite remporte une victoire quasi totale
Il s'en est fallu de 2 762 voix pour que la droite lyonnaise remporte, à travers Jean-Michel Aulas, la mairie de Lyon et s'impose comme force hégémonique de l'agglomération, elle qui contrôle désormais la Métropole, près des deux tiers des communes tout en conservant les 2e et 6e arrondissements de Lyon.
Là où l'écologiste Bruno Bernard avait fait main basse sur neuf circonscriptions en 2020, Véronique Sarselli en remporte dix. La maire de Sainte-Foy-lès-Lyon s'empare également très nettement du vote populaire avec 224 636 voix contre 167 286 pour le président battu, sans que l'addition des voix insoumises (43 165) y change quoi que ce soit.
3. L'élection de Grégory Doucet en 2020 n'était pas un accident
Sa légitimité avait été interrogée par l'opposition après son élection en 2020 par seulement 11,7 % des inscrits, dans un contexte d'abstention record pour cause de Covid-19. Six ans plus tard, Grégory Doucet (Les Écologistes) double son nombre de voix (de 53 070 à 104 702) en s'attachant le vote de 32,6 % des inscrits. Ce qui n'efface pas d'un trait de plume le rejet dont il a pu faire l'objet, en témoigne sa très courte victoire (50,67 %) face à un candidat qui avait pourtant lui aussi de nombreux détracteurs. "Lyon est sociologiquement de gauche", admet Pierre Oliver, réélu maire du 2e arrondissement dimanche soir.
4. Vers une cohabitation entre Lyon et la Métropole ?
Lorsque Gérard Collomb s'est taillé une Métropole sur-mesure en 2015, il n'imaginait probablement pas qu'un jour celle-ci serait dirigée par une majorité différente de celle aux commandes à la mairie de Lyon. Mais nous y voilà. L'avancée démocratique, unique en France, de l'élection du conseil métropolitain au suffrage universel direct ne peut échapper à l'instabilité politique régnant en France depuis la dissolution de l'Assemblée nationale à l'été 2024.
"Il faudra être moins obtus que Bruno Bernard ne l'a été avec les élus qui n’étaient pas de son camp. Sinon, ça dysfonctionnera fortement", prévient Ambroise Méjean (Renaissance). Pourtant Grégory Doucet se montrait serein après sa réélection : "Cohabitation ? Je ne crois pas que le terme soit approprié. La Métropole et les communes sont des collectivités différentes qui n'ont pas les mêmes prérogatives. J'ai entendu madame Sarselli dire qu'elle serait à l'écoute des maires."
5. Quel avenir politique pour Jean-Michel Aulas ?
Alors certes, Jean-Michel Aulas ne sera pas le prochain maire de Lyon. Mais, élu au conseil de la Métropole, il devrait devenir le premier vice-président de Véronique Sarselli, comme la candidate à la présidence l'a elle-même annoncé dimanche soir. Une situation a priori plus enviable que celle de maire de Lyon, suspendu au bon vouloir d'une Métropole qui concentre les compétences, les budgets et l'ingénierie indispensables à la plupart des projets urbanistiques.
Mais puisque Jean-Michel Aulas a également été élu au conseil municipal, "je siégerai pour que la voix de toutes les Lyonnaises et de tous les Lyonnais soit entendue, avec exigence et constance, a-t-il annoncé au lendemain de sa défaite. À la tête des 27 élus d’opposition à la mairie de Lyon, et avec l’appui incontournable et déterminant de notre ancrage à la Métropole, Cœur lyonnais jouera pleinement son rôle."
6. La réforme de la loi PLM n'a pas eu d'impact à Lyon
Comme à Paris et Marseille, la séparation de l'élection des conseillers d'arrondissements de celle des conseillers municipaux n'a pas conduit à l'alternance souhaitée par les concepteurs de la réforme adoptée en urgence l'été dernier. Les électeurs n'ont pas non plus, comme certains l'avaient redouté, boudé ce troisième scrutin, en témoigne une participation équivalente à celle des élections municipales et métropolitaines. Reste désormais à inaugurer un nouveau fonctionnement où les élus municipaux ne sont pas nécessairement rattachés à un arrondissement, et où tous les maires d'arrondissement ne siègent pas au conseil municipal, à l'image de Fanny Dubot (Les Écologistes) dans le 7e.
7. Une percée très limitée pour le Rassemblement national dans la métropole lyonnaise
La députée RN de l'Est lyonnais Tiffany Joncour a beau se féliciter d'une "percée historique partout en France" ; à Lyon, celle-ci reste limitée. Le coup de poker tenté par la parlementaire en se présentant à la mairie de Saint-Priest s'est heurté à la réélection dès le premier tour de Gilles Gascon (LR), et aucune commune n'a basculé dans l'escarcelle frontiste. En revanche le réseau d'élus d'opposition s'étoffe un peu : trois à Vénissieux et Saint-Priest, deux à Chassieu, Décines et Villeurbanne, un à Irigny et dans le 5e arrondissement de Lyon. En cumulé, l'extrême droite passe sur le territoire de huit élus municipaux en 2020 à 17 en 2026. En revanche, le RN est de retour au conseil de la Métropole où il pourra se constituer un groupe de cinq élus.
8. La France insoumise s'empare de trois mairies
La progression est nettement plus tangible du côté de La France insoumise, qui remporte la mairie de Saint-Fons, mais surtout celles de Vénissieux et Vaulx-en-Velin, respectivement 3e et 4e communes de la métropole. À Lyon, sept insoumis siégeront dans la majorité de Grégory Doucet où ils disposeront d'un poids non négligeable. Ils seront également cinq à Villeurbanne, trois à Bron et un à Caluire, pour un total d'une grosse centaine d'élus municipaux, auxquels il faut ajouter trois élus métropolitains. En revanche, pas de mairie d'arrondissement ni de place dans l'exécutif de Grégory Doucet.
9. Le Parti communiste français perd sa dernière mairie
Après Vaulx-en-Velin, Grigny et Pierre-Bénite en 2014, puis Givors en 2020, le Parti communiste français a perdu dimanche la mairie de Vénissieux, son dernier bastion dans la métropole de Lyon. Dans une ville populaire où la participation est traditionnellement faible (38,3 % au second tour), c'est avec seulement 25 voix d'avance que le député insoumis Idir Boumertit (34,11 %) a ravi l'hôtel de ville à Michèle Picard (33,9 %).
Le PCF pourra se consoler avec un groupe de huit élus. Enfin, et contrairement à 2020, il y aura un groupe communiste au conseil municipal de la ville de Lyon puisque l'union de la gauche et des écologistes avait réservé trois sièges à Augustin Pesche, Aline Guitard et Boris Miachon Debard, tous trois adjoints d'arrondissement lors du précédent mandat.
10. Net recul du nombre de femmes maires
Tandis que le renouvellement du personnel politique lyonnais avait laissé une large place aux femmes en 2020, 2026 marque un net retour en arrière. Il y a six ans, les élections municipales avaient porté aux responsabilités 20 femmes dans les 58 communes de la métropole, alors qu'elles n'étaient encore que 13 au cours du mandat d'avant.
Cette fois, elles seront 15 : Angélique Enderlin (Cailloux-sur-Fontaines), Arlette Baillot (Collonges-au-Mont-d'Or), Karine Lucas (Couzon-au-Mont-d'Or), Sandrine Chadier (Craponne), Virginie Poulain (Fontaines-Saint-Martin), Bénédicte Hamelin (Fontaines-sur-Saône), Claire Pouzin (Francheville), Charlotte Grange (Lissieu), Corinne Cardona (Poleymieux-au-Mont-d'Or), Françoise Champavier (Quincieux), Marie-Hélène Mathieu (Saint-Didier-au-Mont-d'Or), Véronique Sarselli (Sainte-Foy-lès-Lyon), Laurence Fautra (Décines-Charpieu), Valérie Giraud (Genay) et Nathalie Sanlaville (Irigny).
Autre élément notable, les dix plus grandes communes de la métropole sont désormais administrées par deux hommes après les défaites de Michèle Picard à Vénissieux et Hélène Geoffroy à Vaulx-en-Velin. Et le même recul s'observe au niveau des arrondissements de Lyon où seules trois femmes enfileront l'écharpe (Yasmine Bouagga dans le 1er, Marion Sessiecq dans le 3e, Fanny Dubot dans le 7e) contre cinq en 2020.